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Chronique

«Imarat Al-Mouminine», le bouclier et l’aubaine

C’est au milieu de cet océan de non-droit et de dictature des impérialismes, des lobbies et des mafias de toutes sortes que le Maroc résiste grâce à une doctrine du pouvoir qui a vaillamment affronté L’expansionnisme ottoman.

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J’ai rappelé à maintes reprises, dans mes ouvrages et mes chroniques, que la Magistrature suprême marocaine était tricéphale.

En effet, le Souverain marocain est à la fois Amir Al-Mouminine, à savoir Commandeur et fédérateur des croyants, tous les croyants, récipiendaire à ce titre de l’allégeance (bey’a) des forces vives de la nation; Soltane Charif, vénéré pour sa descendance du Prophète au sein de l’islam maraboutique populaire et éminemment spirituel ; et Chef d’État moderne, avec les prérogatives revenant au pouvoir exécutif en démocratie.

De ces trois «casquettes» du Monarque, celle de Commandeur des croyants revêt un caractère devenu de plus en plus «stratégique», du fait, d’une part, de l’amplification spatiotemporelle, particulièrement nocive, de l’islam politique, et, d’autre part, de la terrifiante incertitude de notre monde postmoderne.

La Commanderie des croyants constitue donc notre bouclier de protection et notre inestimable aubaine.

La genèse de la Commanderie des croyants (Imarat Al-Mouminine), telle qu’inventée par le Calife Omar Ibn Al Khattab, atteste d’une conception califale qui a évolué pour finir par revêtir au Maroc un aspect plus affiné, parfaitement «démocrato-compatible».

Au commencement de l’aventure islamique, il n’existait que le seul rapport vertical entre le croyant et son créateur.

Tout le Coran mecquois atteste de ce quant-à-soi où l’individu est invité à une quête d’harmonie avec l’Univers. Les versets mecquois qui convient l’homme à la contemplation de l’Univers pour y déchiffrer son infinitude et l’incommensurable grandeur de son Créateur ne se comptent pas.

Puis le «moshaf» ottmanien jaillit ! Omeyyade de souche, Ôthmane Ibn Âaffane faisait partie de la petite vingtaine de Mecquois qui savaient lire et écrire à cette aube de l’islam.

Cet aristocrate qui fut la quatrième personne à embrasser la nouvelle religion devint doublement le beau-fils du Prophète. Devenu Calife, il sera confronté aux troubles qui s’amplifieront crescendo jusqu’à l’aboutissement d’«Al Fitna al Kobrae»

(la Grande Tourmente). Le despotisme s’amplifiera au temps des Omeyyades, puis des Abbassides et ne cessera de perfectionner ses stratégies, ses stratagèmes, ses extrapolations exégétiques et ses modus operandi jusqu’à nos jours.

L’islam politique s’était installé ainsi très tôt et confortablement dans les mœurs de gouvernance comme dans les mentalités. Toute voix intellectuelle dissonante était vigoureusement réduite au silence.

Le pouvoir en «Dar Al Islam» comme en «Dar Al Harb» ne laissait plus la moindre place au libre arbitre de chaque individu. Le rapport vertical au Créateur ne pouvait arranger les affaires du Prince dans les sociétés médiévales, depuis les Abbassides jusqu’aux Ottomans.

Le sort du célèbre soufi Mansour Al Hallaj illustre cette usurpation de la relation verticale homme-Dieu par l’islam politique. D’ailleurs, le Prophète lui-même dut émigrer pour sauver sa personne et son Message !

Le nombre d’intellectuels bannis, pourchassés, tués, humiliés, affamés, embastillés et parfois brûlés ou égorgés sur toute l’étendue de la sphère musulmane durant plus de quatorze siècles est étourdissant d’horreur.

Ce lourd héritage continue à peser sur notre rapport à la modernité.

Alors, les petits bricoleurs de l’islam politique qui sévissent aujourd’hui parmi nous ne font rien de bien innovant en matière de traque de la pensée créative et libératrice. Sous leur taqiya janussienne, ils sont capables du pire au nom de l’islam. Ils sont à des siècles-lumière de tout soupçon de spiritualité.

L’harmonie avec l’Univers et son Grand Architecte est le dernier de leurs soucis. À la malédiction de l’islam politique s’adjoignent les périls mortels de la postmodernité.

En effet, nous avons bâti cette dernière dans l’inconstance éthique, l’inconscience consumériste et, surtout, l’inconsistance opérationnelle de toutes ces normes morales censées effacer à jamais le spectre de la guerre.

Hélas, la guerre est toujours là, plus que jamais apocalyptique. La faim est toujours là, solidement vissée à l’ignorance. Aujourd’hui, ce monde-là fait peur.

D’autant qu’au nom même des Lumières, les «bâtards de Voltaire» l’ont voulu négation des Lumières.

La Raison a perdu la raison, en somme. Le mal-vivre est partout sur notre planète. Il a atteint jusqu’aux couches sociales aisées, après avoir décimé les basses et les médianes.

L’injustice frappe dorénavant à tous les registres de la vie internationale. Elle se déploie sur les sols, au fond des sous-sols, dans les airs et jusqu’aux âmes.

Que de victimes de ces impérialismes voraces que l’horreur emplit de bonheur, tant l’appât du gain y est érectile ! Ne parlons même pas de la justice climatique qui doit voir le jour et s’imposer aux nations opulentes.

Par ailleurs, outre son péché originel de texte normatif «octroyé» par les puissants, la Déclaration universelle des droits de l’Homme s’avère plus que ja-mais insatisfaisante, parce que bâtie sur des agrégats largement péri-més. Elle doit donc être repensée par le bas vers le haut, remodelée à partir du local pour mériter sa vocation universelle.

C’est au milieu de cet océan de non-droit et de dictature des impérialismes, des lobbies et des mafias de toutes sortes que le Maroc résiste grâce à une doctrine du pouvoir qui a vaillamment affronté un expansionnisme ottoman ayant avalé la totalité du monde arabe, puis un colonialisme blindé qui n’a jamais pu vassaliser l’âme de notre peuple, même s’il avait ponctionné notre territoire.

La Commanderie des Croyants n’était pas pour peu dans cette longue résistance aux assauts contre notre identité et notre âme. Que de gouffres historiques et d’accidents mortels évités grâce à notre vaillante Commanderie des Croyants. Tenons-y comme à la prunelle de nos yeux !