Chronique
Homo economicus
Notre pays construit les infrastructures qu’il nous faut pour notre développement économique. Mais pour qu’elles soient vraiment utiles et qu’elles durent, il leur faudrait l’humain qui les pilote, accompagne et en bénéficie.
Le Maroc est sur sa lancée. Il construit de plus en plus d’infrastructures, de toutes sortes. Routières, industrielles, énergétiques, portuaires, ferroviaires, culturelles, touristiques…
Le visage des villes et des villages change jour après jour. L’investissement public tente, depuis belle lurette, de rattraper le retard et il y arrive dans plusieurs secteurs de la vie économique et sociale du pays. C’est indéniable.
Faire durer le plaisir
Maintenant, la question est : que faisons-nous de ces infrastructures et comment maintenir la vitesse de croisière du développement pour que, d’une part, il touche le plus grand nombre, et comment assurer sa durabilité pour qu’il n’y ait pas de retour en arrière possible, d’autre part ?
Trop de questions, me diriez-vous. Cependant, des réponses à ces questions découlerait la vision qui accompagne, voire qui précède, qui aurait dû, ou qui devrait précéder la réalisation de ces infrastructures. À l’énoncé de ces questions, le problème qui pointe son nez est celui du quid du développement humain nécessaire pour accompagner et permettre la pérennité du développement économique que nous entamons.
Pour le dire autrement, les infrastructures ne sont pas autre chose que des moyens qui doivent être pilotés et maintenus par le facteur humain pour servir, au final, l’humain en tant qu’objectif. Ce n’est pas rêver que de dire cela. Il y va de la durabilité de ces infrastructures, afin qu’elles portent vraiment leur nom en devenant structurelles, véritablement.
L’œuf ou la poule ?
Nous n’avons pas à choisir qui avant quoi ? Il devrait y avoir, indéniablement, une croissance parallèle des développements économique, social et humain. Quand l’un des trois manque, ou est trop déséquilibré par rapport aux autres, c’est au détriment du tout.
Des exemples existent. Nous connaissons des pays qui sont passés d’une situation de pauvreté à une réalité de développement structurel et durable. Ils ne sont pas très loin de nous. L’Espagne et le Portugal, par exemple, sont sortis de dictatures militaires et ont traversé des années de sécheresse économique avant de s’arrimer aux pays développés.
Entre-temps, le travail qui a été fait s’est concentré, en plus du développement économique, sur le développement humain et social.
Au Portugal, après la révolution des Œillets, en 1974, le pays vit une effervescence culturelle et intellectuelle qui durera jusqu’à la fin des années 80. En Espagne, après la mort du général Franco, un élan créatif métamorphose la vie culturelle et artistique du pays.
Presque toutes les disciplines artistiques ont participé à la Movida espagnole : musique, cinéma, art, littérature, photographie, mode, design, bande dessinée…
Investir dans l’humain aussi
Chez nous, nous demeurons encore sur la nostalgie d’une période d’effervescence artistique pendant les années 60. Très courte, à mon avis. La différence entre eux et nous réside dans deux choses. En même temps qu’ils se développaient, l’Espagne et le Portugal ont investi dans le capital humain.
Côté population, dans l’alphabétisation générale, l’éducation populaire, l’éducation artistique… Côté professionnel, dans la formation des artistes et des professionnels de la culture.
Tout en créant les conditions permettant aux artistes de s’exprimer librement et de briller artistiquement, culturellement et intellectuellement. De véritables politiques culturelles axées sur la liberté de création et sur l’émancipation des citoyens.
À présent que nous avons de grandes infrastructures culturelles, nous manquons encore, à l’échelle d’un pays, d’artistes pour créer le contenu et des ressources humaines pour organiser sa présentation à la population et pour aller chercher les publics. Pour la durabilité du développement économique aussi, la Culture est la solution.
