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Chronique

GenIA : La guerre aux brevets est déclarée

Derrière les usages parfois magiques, souvent ludiques, des logiciels d’intelligence artificielle se cachent une véritable guerre mondiale de l’innovation.

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Elle a ouvert la voie à une course-poursuite effrénée pour la protection des inventions dans ce domaine. Car en la matière c’est : «Premier arrivé, premier servi». Un enjeu stratégique autant sur le plan politique qu’économique, comme le laissent entendre les dernières données rendues publiques par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, relevant des Nations unies.

Ainsi, entre 2014 et 2023, plus de 54.000 demandes de brevets ont été déposées à travers le monde dans le domaine de l’IA générative (GenAI). Mais derrière cette information brute se cache la manière brutale dont les choses se sont accélérées dans ce qui ressemble à un jeu de chaises musicales. En effet, dans le sillage de l’avènement de ChatGPT, les évènements ont pris une tout autre tournure. À elle seule, la dernière année de la décennie concernée a concentré le quart des demandes de protection des inventions en GenAI. Autant dire que l’intelligence artificielle, dite générative, devrait prendre de l’ampleur.

Car si pour l’heure elle ne pèse qu’un peu plus de 6% de l’ensemble des demandes de brevets consacrées à l’IA (contre 4,2% en 2017), il faut tout de même savoir que leur nombre a été multiplié par huit en six ans. C’est-à-dire depuis 2017, date de l’introduction du réseau neuronal profond, autrement dit, le «Deep Learning», à l’origine des grands modèles de langage devenus synonymes d’intelligence artificielle générative. Une dynamique appelée à prendre de l’ampleur à la faveur de la place prépondérante qu’occupent désormais ces différentes applications dans notre quotidien. À cela devrait s’ajouter l’entrée sur cette scène technologique de nouveaux acteurs étatiques qui devraient profiter de l’accessibilité grandissante de ces outils de pointe. En attendant, seules les grandes puissances se taillent la part du lion dans ce domaine.

Très haut sur la première marche du podium, la Chine domine de loin ce secteur. Ses inventeurs s’adjugent 70% des brevets déposés. C’est six fois plus que les États-Unis qui se trouvent pourtant en deuxième position. Les trois autres pays qui composent le top5, en l’occurrenc, dans l’ordre, la Corée du Sud, le Japon et l’Inde, se partagent les moins de 10.000 brevets restants. C’est-à-dire le quart de ce que revendique la Chine à elle seule. Une prédominance caractérisée par l’hégémonie de ses mastodontes de l’informatique et du web. À l’instar de Tencent spécialiste des services internet et mobiles, avec plus de 2.000 inventions, mais aussi le moteur de recherche en ligne Baidu ou encore la marketplace Alibaba. Au total, six entreprises chinoises figurent dans le top 10. À leurs côtés, on retrouve, complètement isolés, le sud-soréen Samsung Electronics et les américains IBM, Google et Microsoft qui ferment la marche. Un classement qui est appelé à évoluer très rapidement au regard du rythme avec lequel l’Inde est en train de rattraper son retard.

Avec une croissance annuelle de 56% de ses demandes de brevets, le géant asiatique devrait faire exploser rapidement la barre des 1.350 dépôts à son actif actuellement. New Delhi devrait ainsi concentrer ses efforts sur les innovations liées à la transformation des images et des vidéos qui occupent le haut du pavé en matière de dépôt de brevet. Des recherches qui sont également appliquées à des secteurs prioritaires, tels que les biosciences, les transports ou encore la sécurité. Autant de perspectives portées par l’IA générative qui vont, selon Daren Tang, DG de l’OMPI, «bouleverser notre façon de travailler, de vivre et de nous divertir», avec l’espoir cédant que «l’être humain {reste} au centre de l’écosystème d’innovation».