Chronique
Des milliardaires pas très «open» sur l’AI
Derrière l’initiative «Current AI», portée par neuf pays dont le Royaume, il y a la volonté de promouvoir une intelligence artificielle «d’intérêt général».
A près s’être offert Twitter, devenu X, contre toute attente en 2022, pour la bagatelle de 44 milliards de dollars, l’acquéreur en série, Elon Musk, était sur le point de récidiver.
C’est à croire que toutes les occasions sont bonnes pour faire parler de lui.
Celui qui œuvre désormais aux côtés du président Trump avec l’intention de tailler dans les dépenses de l’Administration américaine ne lésine pas sur les moyens quand il s’agit de viser des sociétés qui ne partagent pas sa vision.
Il faut dire que le milliardaire semble avoir les mains qui le démangent, au risque parfois d’adopter une gestuelle bien peu usuelle, rappelant un sombre passé de l’histoire contemporaine.
Ceci dit, l’avenir mondial n’est guère plus reluisant, à en croire certains analystes qui voient dans l’IA un véritable danger pour l’humanité.
Une crainte encore plus avérée si le patron de Tesla avait pu concrétiser son idée électrique de prendre le contrôle du célèbre agent conversationnel ChatGPT.
Porté par un groupe d’investisseurs qui sont eux aussi convaincus que lorsqu’on aime les affaires, on ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, il a proposé, ni plus ni moins, la somme folle de 97,4 milliards de dollars.
Un tarif digne d’un prix promotionnel en supermarché pendant les soldes, avec quelques zéros en plus cependant.
Le reflet de la démesure par laquelle se font aspirer des acteurs de l’IA en mal d’inspiration.
Depuis quelques jours, en effet, il pleut des milliards d’euros et de dollars sur ce secteur technologique.
Un microclimat financier qui tranche avec la morosité ambiante, comme l’illustrent les 40 milliards que souhaite lever Open AI dans le cadre de son plan de développement, ce qui porterait sa valorisation à 340 milliards de dollars.
C’est tout de même, rappelons-le, moitié moins que ce qui a été perdu par Nvidia sur les marchés, en une seule après-midi, après l’apparition du chinois Deep Seek.
Une manière d’annoncer à ceux qui ne l’auraient pas encore compris qu’Open AI reste fermé à toute proposition d’acquisition.
Son charismatique patron s’est même fendu d’un post adressé à son rival sud-africain aux pratiques excentriques.
De manière très cash, normal quand on ne manque pas d’argent, il lui a proposé sur X, de racheter le réseau social en question pour moins de 10 milliards, à peine le quart de son prix d’achat.
En guise de réponse, Elon Musc a traité Sam Altman «d’escroc».
Manifestement, ce n’est pas parce qu’on est une personnalité fortunée qu’on accorde forcément de l’importance aux valeurs.
Face à ces bisbilles entre opérateurs connectés au business de l’IA, des initiatives émergent pour rappeler tout ce beau monde à la raison.
C’est ainsi qu’en marge du Sommet sur l’intelligence artificielle organisé dans la capitale française, 9 pays, dont le Royaume, ont lancé une initiative baptisée «Current AI».
Derrière cette démarche, il y a la volonté de promouvoir une intelligence artificielle «d’intérêt général».
Ses membres ont plaidé pour plus de transparence, de sécurité, mais aussi de responsabilité et de solidarité.
Autant de principes qu’il faudra concrétiser dans un environnement pour le moins hostile et face à des interlocuteurs qui ne jurent que par la dérégulation.
Un défi de taille pour lequel a été mobilisé un investissement de quelque 400 millions de dollars, avec l’espoir tout de même de le porter à 2,5 milliards sur les cinq prochaines années.
Et pour cause, dans l’univers de l’IA, en dessous d’un billion, c’est bidon.