Chronique
Des libertés vides ?
Oui, nous avons gagné en liberté, depuis un moment. L’ouverture du Maroc ne pouvait pas se faire sans permettre de gagner quelques droits et libertés. La question est : Que faisons-nous de ces libertés ?
Qu’est-ce qui fait que nos débats de société nous entraînent souvent vers les abysses de l’intelligence et que le niveau demeure aussi bas, alors que nous pourrions l’élever si toutefois nous le souhaitions ? La loi le permet, les libertés fondamentales de l’expression et de la presse sont garanties par la Constitution. Pourquoi ne pratiquons-nous pas ces droits pour aller de l’avant en mettant en débat, de manière intelligente et constructive, les questions qui nous bloquent ou nous ramènent en arrière ?
Fossé entre les textes et leur application
D’aucuns diront que ces questions posées le sont de manière un peu trop candide. Et que ce n’est pas un «scoop» que de dire qu’il existe un fossé entre ce que nous permet la Constitution et les lois et l’application effective de ces textes juridiques dans la vie quotidienne. Eh bien oui, soyons candides, posons-nous la question de la manière la plus simple sans inévitablement sombrer dans les théories du complot en nous interrogeant sur qui a intérêt à ce que le niveau baisse ? Oui, il y a un fossé entre les textes de loi et leur application. Toutefois, si nous voulons avancer, la question à poser est celle de «à qui la faute ?» À ceux qui ont écrit les lois ou ceux qui doivent les faire respecter, les appliquer, les défendre ou les améliorer en cas de besoin ?
Sur le sujet de la liberté d’expression, allons plus loin et soyons espiègles. Profitons du fait que la censure directe soit devenue inapplicable, car tellement démodée et trop visible. Nous pouvons désormais dire ce que nous voulons dire sans trop de risques, car l’application grossière de la censure ne peut que ternir l’image du pays. Le tout est de choisir les formes adéquates et constructives pour nous exprimer et surtout pour faire avancer le schmilblick. Ce serait notre faute si nous ne profitons pas de cet état de fait pour faire appliquer les textes. Coluche disait : «C’est pas le tout d’avoir des bagages, encore faut-il savoir où les poser». Ce n’est pas le tout d’avoir des droits et des libertés, il faut savoir les manier intelligemment pour pouvoir en user et les conserver le plus longtemps possible.
Du niveau de la délibération démocratique
Il y va de la création d’un vrai débat démocratique et du maintien d’un certain niveau de délibération. Car, plus on avance dans la bêtise, plus les gens intelligents se lassent de participer aux débats, au détriment de la construction collective et démocratique du pays. Les raisons sont pléthore, il y en a aussi qui se détournent du débat par peur et autocensure et d’autres qui détournent la discussion par flagornerie, courtisanerie ou intérêt.
Au final, nous aurions tous intérêt, et peut-être plaisir, à devenir plus intelligents. L’intelligence collective est une bataille de tous les jours. Au lieu de l’entretenir, nous préférons encore, certainement par fainéantise, le populisme qui nous tire vers le bas. Le traitement de quelques faits divers qui ont défrayé la chronique, ces derniers jours et tous les jours, effraie par son inconsistance. La responsabilité incombe à qui ? À ceux qui utilisent le populisme pour augmenter leurs audiences, leur nombre de vues ou leur followers ?
Faut-il à ce stade rappeler la responsabilité «éthique» de nos élites et intellectuels pour mettre en place et encadrer un niveau de débat qui n’insulte pas ce qui resterait de l’intelligence des citoyens. La balle est dans le camp de ceux qui pourraient permettre un débat constructif qui entretiendrait une intelligence collective moyenne. Car sinon, pourquoi interdire aux gens de dire quoi que ce soit, tant qu’ils ne disent rien, n’importe quoi ou pas grand-chose ? La Culture est la Solution.
