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Chronique

Cultuelle ou culturelle, la réforme ?

Les réactions à la réforme de la Moudawana feraient penser qu’elle commence à faire peur aux hommes. Eh oui, ils y perdent des avantages conservés religieusement depuis des siècles. Il se trouve même des femmes qui la critiquent, tellement elles ne seraient pas prêtes à reprendre leurs droits. Un travail par la culture est nécessaire aussi pour préparer les esprits à un nouveau monde, plus juste.

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Une réforme qui touche le Code de la famille, le statut de la femme, l’institution du mariage, l’organisation du divorce et peut-être l’héritage est une (re)construction qui change la structure d’une société.

Elle doit être préparée culturellement pour qu’elle ne soit pas facilement combattue par les conservateurs et les anti-changement.

Et pour qu’elle soit appropriée par le plus grand nombre. La bataille est anthropologique. Serait-elle peut-être davantage culturelle que cultuelle ?

Une réforme qui s’installe doucement et sûrement
Voici une réforme qui a pris et qui continue à prendre son temps. Elle se mettait en place doucement, depuis 2004, voire depuis 1957.

À partir de 2024, espérons que le nouveau coup d’accélérateur l’installera plus sûrement. Et pour cause, cette réforme touche à tout, au religieux, au social, au sociétal, à l’économie… et de manière transversale, au culturel.

Il lui faudrait un travail par l’action culturelle afin de l’ancrer dans les esprits des citoyennes et des citoyens. Voire pour que les Marocains se l’approprient en tant que solution inéluctable pour entrer de plain-pied dans la modernité.

Pour cette réforme aussi, la Culture est la solution. La culture, pas que dans le sens esthétique, mais davantage dans celui de l’anthropologique. C’est l’ADN de la société qu’elle est susceptible de modifier.

Une société obligée de se mettre au diapason de la modernité dans laquelle elle n’a pas d’autre choix que d’y rentrer et de s’y installer, malgré elle. Car après tout, à titre d’exemple, la place d’une fille mineure est à l’école, pas dans un lit conjugal.

La méthode, une partie de la solution
Peut-être qu’il faudrait se poser la question de la méthode. Devrions-nous attendre que l’Islam se réforme ou bien serions-nous obligés, à partir d’un moment, de séparer ce qui relève de la vie des citoyens de celle des croyants.

Ou au moins, pourrions-nous nous octroyer le droit de nous poser la question du degré d’autonomie que pourrait avoir une loi votée au Parlement par rapport au référentiel religieux, sans considérer que cette séparation relève encore du blasphème.

Que pourrions-nous alors discuter si le référentiel religieux est immuable ? Et lequel ? Et quelles limites s’imposer ou transgresser ?

Cette réforme oblige à sortir des mots savants, tels que paradigme et rupture épistémologique. Car, au final, il y aura un avant et un après de cette réforme, indéniablement. Car même si le débat a été presque exemplaire dans sa tenue, il n’était pas exsangue de risque de rupture et de «fitna», comme disent les conservateurs.

Abdelilah Benkirane, lui-même, n’avait-il pas agité la «menace» d’une marche par millions si des lignes rouges étaient franchies avec des amendements «contraires à l’identité islamique du pays».

Tout cela a été évité, d’abord parce que la réforme est impulsée par le Roi qui, même s’il jouit d’un pouvoir performatif, a donné des consignes pour une approche participative qui a été suivie dès le lendemain du discours du Trône du 30 juillet 2022.

La bataille est celle de la légitimité du raisonnement, de l’interprétation et de la parole. Et pour qu’un débat soit utile et constructif, les parties prenantes doivent avoir le même niveau de considération.

La Culture est la solution.