SUIVEZ-NOUS

Chronique

Casa, mon amour

Une blague racontait qu’une personne voulant voyager en voiture de Rabat à El Jadida avait coché, dans son application GPS, la case «éviter les travaux» sur la route. L’application avait alors effacé Casablanca de l’itinéraire. Conseillerait-elle le même itinéraire aujourd’hui ?

Publié le


Mis à jour le

C’était encore plus vrai il y a juste deux ou trois ans. Maintenant, Casablanca se transforme positivement depuis deux ou trois mois. Les routes sont plus propres, quelques chantiers sont finis, d’autres se sont accélérés et quelques-uns ont été repris après une longue phase d’arrêt. Dans cette ville, nous avons, en effet, pris cette fâcheuse habitude de commencer des chantiers, de baliser le périmètre des travaux, c’est-à-dire les clôturer, créer des obstacles pour empêcher les gens de passer et puis plus rien. Non sans communiquer sur le devenir de Casablanca, sur son intelligence de «smart city», sur son dynamisme et le volontarisme de ses élus, de ses agences, de ses sociétés de développement local (SDL) en charge de ces travaux et chantiers…

Dire et faire, commençons par faire
Ainsi la communication passe, les chantiers s’arrêtent et les Casablancais sont privés des espaces publics qu’ils avaient l’habitude de fréquenter. Parfois pendant des années. Ce fut le cas du parc de la Ligue arabe, de l’église Sacré-Cœur, de l’Hôtel Lincoln, de quelques trémies, de la route de l’aéroport… C’est toujours le cas d’éternels chantiers qui commencent et qui ne finissent jamais, en exemple: La Casablancaise. D’autres, même déjà fermés, sont encore au stade de la «réflexion», c’est le cas des Anciens abattoirs de Hay Mohammadi, et l’Aquarium. D’autres sont finis, mais on ne les ouvre toujours pas, jusqu’à ce que leurs équipements deviennent obsolètes ou sortent de la période de garantie : Le Grand Théâtre CasArt ou le Zoo de Aïn Sbaâ.

Pourtant, nous avons déjà vu que Casablanca peut-être encore plus belle quand on en prend soin. La ville connaît une embellie à chaque visite royale pendant le Ramadan. Il y en a même qui disent que sa propreté pendant ces visites la faisait ressembler à Rabat, c’est dire le compliment. Et puis, chassant le naturel, il revient au galop, Casablanca reprend sa désorganisation et sa saleté habituelle, hélas!

À l’impossible, tout le monde est tenu
Sauf que cette fois-ci, le miracle a eu lieu. Casablanca est encore propre, presque un mois après le Ramadan. À croire qu’il y a une main de maître qui a commencé à obliger les fonctionnaires et les élus à faire leur travail. On en voit les traces. Le Mausolée Sidi Abderrahmane ressemble enfin à quelque chose. Des espaces publics, longtemps «privatisés», ont été libérés. Les ronds-points en ville ont dorénavant toujours un policier ou deux qui organisent la circulation et obligent les automobilistes à respecter le Code de la route. Eh oui, «nous sommes un peuple de cumin, pas d’odeur sans grattage» !

Comme quoi, ce que nous avancions comme quelque chose d’impossible peut se réaliser. Il «suffit seulement» que quelqu’un s’en occupe vraiment. Que ceux qui ne fassent pas le boulot soient écartés et qu’ils soient remplacés par des personnes animées d’un peu d’amour pour cette ville et qui ne soient pas «contaminées» par la maxime habituelle «Casablanca est inorganisable». Un ancien wali de la ville ne disait-il pas que Casablanca était plus proche de Calcutta que de Barcelone ?

Le salut intérieur viendrait-il de l’extérieur ?
À présent que le Maroc est coorganisateur de la Coupe du monde du football en 2030, Casablanca doit éviter la «chouha» puisque là, nous montrerons nos tares à des milliards de terriens.

Et encore, il y a les infrastructures, il y a l’organisation et il y a le civisme, le respect de l’espace public, l’accueil, la vie culturelle, les loisirs, les espaces verts… Tout ce qui donnerait à un touriste l’envie de revenir. Si, en passant, les Casablancais profitent de ces améliorations, ça sera toujours ça de pris jusqu’à ce que nous apprenions à exiger de nos élus et responsables une réelle reddition des comptes pour qu’ils fassent vraiment leur boulot et qu’ils utilisent à bon escient notre argent public. La Culture est la solution.