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Chronique

Bonne route à tous

La route, chez nous, est un paysage encore très faiblement exploré pour une meilleure compréhension de la psychologie du citoyen. Celle du Marocain «moyen» et celle de toutes les autres catégories.

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Le paysage routier marocain est caractérisé par une forte hétérogénéité des catégories de véhicules, de vitesses et d’usages.

Il est forcément un espace de mixité, pas toujours souhaitée par les usagers. Eh oui, nous ne sommes pas au Brésil, nous n’avons pas les riches qui se déplacent en hélicoptère pour ne pas se «mélanger» aux autres !

Un espace mixte révélateur
Sur une même artère, des voitures de luxe côtoient des bus bondés, des taxis de toutes les couleurs, des motos de livraison qui zigzaguent, des triporteurs…

Une diversité d’usagers qui génère des frictions constantes, acculés, chacun, à obéir à sa «propre» logique de survie spatiale.

La question qui pourrait être étudiée par des chercheurs en sociologie, en psychologie… et en sciences politiques, c’est celle-ci : comment le Marocain, dans sa voiture, «choisit» entre un individualisme urbain ou une solidarité collective ?

Il y a les deux, car si la conduite quotidienne révèle un individualisme parfois agressif (l’incivilité routière comme exutoire des pressions sociales), elle s’accompagne aussi d’élans de solidarité (entraide en cas de panne, régulation improvisée d’un carrefour bloqué par les usagers eux-mêmes).

Conduire au Maroc n’est pas qu’un simple acte technique de déplacement, c’est un exercice quotidien de micro-négociation sociale où s’expriment le statut social, les rapports de genre, la tolérance à l’autorité et la gestion du chaos urbain.

En choisissant des «mots savants», le sujet pourrait sembler plus sérieux que les discussions interminables autour de l’incivisme ambiant.

Qui n’a pas eu ces discussions dans un petit taxi ? Combien d’entre nous n’ont pas observé le changement psychologique d’une personne dès qu’elle est derrière le volant de sa voiture ?

La conduite automobile au Maroc demeure un excellent prisme pour analyser les transformations sociales, les tensions culturelles et la dynamique des rapports de force au sein de la société marocaine.

Privés d’espace public
Analyser l’espace routier marocain sous un angle sociologique permettrait de dégager plusieurs grands enseignements, prometteurs pour mieux comprendre le rapport du Marocain aux règles, aux normes informelles de négociation, des stratégies d’intimidation, d’évitement ou de sur-vigilance.

Le respect aléatoire des panneaux ou des lignes au sol démontrerait que le Code de la route cède souvent la place à une régulation interpersonnelle et spontanée.

La priorité se « prend » ou se « négocie » par le regard, le langage corporel du véhicule – le nez de la voiture qui s’engage – ou l’usage codifié des appels des phares ou du klaxon.

Cette interprétation «pragmatique» du Code de la route révélerait ce que les Marocains n’osent montrer dans les comportements quotidiens, face aux autres citoyens, à l’autorité, à la famille, à l’espace public en général.

En voiture, le rapport à l’autorité est davantage marqué par une tradition de médiation sociale que par l’application stricto sensu de la loi.

Bien que la numérisation des amendes (radars fixes) et le durcissement du Code de la route tentent de dépersonnaliser la sanction, le réflexe d’interpeller «monsieur l’agent» pour négocier, invoquer une indulgence ou faire jouer un réseau relationnel («Ma’rifa») reste ancré.

Une culture de l’arrangement qui va à l’encontre de l’application de la loi, de la fluidité de la circulation et de l’intérêt général.
Quelles différences avec le reste ?

Il est clair que les comportements des automobilistes révèlent un peu mieux la nature profonde des citoyens qui appréhendent l’espace public, croyant être à l’abri des regards dans l’espace privé de leurs véhicules.

La Culture est la Solution.