Chronique
Bienvenue dans l’ère multilatérale et du «Chacun pour soi» !
Le coup de grâce de l’ex-URSS lui fut asséné en Afghanistan. Le même Afghanistan a mis fin à l’unijambisme américain imposé par les Conservateurs au lendemain de la chute du Glacier soviétique.
Nous voilà donc à l’aube d’un nouveau monde marqué par le triomphe de la multipolarité, l’immédiateté imposée par les NTI et «l’invasion» de l’intelligence artificielle (IA). Chronique d’une configuration géostratégique, anthropologique et diplomatique inédite.
Les USA semblent aujourd’hui condamnés à ne plus pouvoir projeter leur armada militaire au-delà de leurs frontières.
Tout comme la France, la Grande-Bretagne ou l’OTAN elle-même. L’ère où l’on pouvait se permettre une équipée guerrière en Mésopotamie, au Cham, en Libye ou en Afrique est bel et bien révolue.
De la même manière, la Russie est en train de subir le même sort après sa déconvenue stratégique face à l’Ukraine. Elle s’y embourbe crescendo depuis ce sinistre jour du 24 février 2022, alors qu’elle croyait pouvoir en découdre en quelques jours, voire quelques heures. Le monde entier assiste aujourd’hui à la lamentable dégringolade d’une grande puissance qui, il y a encore deux ans, inquiétait autant le Pentagone que l’OTAN ou l’UE !
Le pire dans ces revers assénés aux USA et à la Russie est le fait dorénavant tangible que leurs arsenaux nucléaires s’avèrent inutiles face à des adversaires qui en sont dépourvus. Or, à l’heure des drones et de la cybercriminalité, l’ascendance diplomatique de ces «ogres géostratégiques» provenait essentiellement de leur puissance dissuasive nucléaire. Ils se retrouvent donc dans la situation d’un État d’Israël, tout puissant qu’il est de ses 400 ogives nucléaires, qui peine à relever les défis militaires d’organisations longtemps sous-estimées, telles que le Hamas, le Jihad Islamique ou le Hezbollah.
Parce que la puissance nucléaire la plus redoutable de toute l’histoire humaine s’avère inutile quant à l’omnipotence diplomatique, et même géostratégique, des puissances régionales saisissent cette occurrence pour s’imposer sur l’échiquier international sans crainte de quelque «punition» que ce soit de la part des mastodontes nucléaires. Forte de ses 19.000 milliards de PIB – seuls 6.000 petits milliards $ la séparent des 25.000 milliards $ du PIB américain ! –, la Chine, la première, a ouvert le bal.
Outre les BRICS qui s’activent aujourd’hui à en finir avec la primauté du dollar et qui voient frapper à leur porte une trentaine de pays, la Turquie d’Erdogan, l’Iran des Ayatollahs et même l’Arabie saoudite de MBS parviennent aujourd’hui à défier les grandes puissances, à commencer par les USA. Le «bras d’honneur» adressé par ce dernier à Joe Biden en juillet 2022 face à l’exigence d’augmentation de la production pétrolière saoudienne est révélateur de ce bouleversement inédit des paradigmes géostratégiques datant de l’ère unijambiste américaine. La peur de la colère des superpuissances a donc cédé la place à l’audace des anciens «protégés». L’incapacité israélienne et américaine d’attaquer militairement l’Iran, où l’AIEA a détecté sur le site de l’usine souterraine de Fordo, au sud de Téhéran, des particules d’uranium enrichi à 83,7%, soit juste en deçà des 90% nécessaires pour produire une arme atomique, renseigne sur la fin de la peur qui a tant fait trembler les puissances régionales.
Ne parlons même pas de la France macronienne qui a été lamentablement chassée de ses positions militaires (et économiques) d’Afrique et que même un Liban littéralement ruiné ne craint plus. Avec ses 215 chars de combats dont les deux-tiers appellent réparation – à comparer avec les 750 détenus par le petit Taïwan ! – et son imminent recalage par l’Allemagne qui se réarme vertigineusement, la France a perdu à jamais son aura tous azimuts, à commencer par l’Afrique et a fortiori l’Europe.
Ajoutons à tout cela la révolution anthropologique des mœurs et des comportements partout dans ce monde aujourd’hui profondément pénétré par l’immédiateté imposée par les réseaux sociaux et l’IA.
Voilà pourquoi les Marocains saluent unanimement la doctrine diplomatique marocaine actuelle qui s’est illustrée par son anticipation, son volontarisme et sa proactivité. Cette doctrine a démontré son efficience comme son efficacité non seulement face à l’Algérie, mais également vis-à-vis des puissances européennes que sont la France, l’Espagne ou encore l’Allemagne, et ce, après avoir converti l’Amérique elle-même à sa légitime cause.
Et voilà pourquoi les vociférations des adversaires de l’officialisation des relations israélo-marocaines peuvent être considérées par beaucoup de nos compatriotes comme étant pour le moins inopportunes face à l’unanimité des Marocains autour de l’intégrité territoriale de leur pays.
D’ailleurs, dès sa validation solennelle, cette «normalisation» avec Israël n’a point empêché le Souverain et la quasi-totalité de la société civile, partis politiques inclus, de dénoncer les dérives diverses et variées de l’État hébreu.
Le devenir du Royaume est aujourd’hui organiquement lié au décodage et à l’intégration de la configuration du monde tel qu’il se déploie vertigineusement devant nos yeux ébahis. Bienvenue dans l’ère multilatérale et du «chacun pour soi» où s’effondrent l’une après l’autre les certitudes d’hier et d’avant-hier !