Chronique
À l’école de l’IA l’élève est Roi
Éduquer des écoliers sans intégrer de quelque manière que ce soit l’intelligence artificielle dans le cursus pédagogique revient à former des hordes d’analphabètes.
Ce postulat est peut-être bête et méchant, mais cela n’en demeure pas moins une implacable vérité. L’IA générative devient désormais un marqueur, si ce n’est de succès, au moins d’échec assuré dans un futur plus ou moins proche.
Que deviendraient nos générations montantes dans un monde baigné de technologies de pointe et dominé par des assistants
interactifs en ordre de marche, plus performants qu’une armée de cerveaux humanisés ?
Ils se retrouveraient tout simplement relégués à la fonction d’exécutants malléables à souhait, au profit de ceux qui ont coché toutes les cases de l’expertise informatique et qui n’ont pas loupé le coche du digital et du numérique.
Dans toute nation qui se respecte, ces défis doivent donner des sueurs froides et des coups de chaud au ministre de l’Éducation.
Aujourd’hui plus que jamais, en effet, c’est entre ses mains que se façonne l’avenir, radieux ou pluvieux, de tout un pays.
Dans le sillage du développement de l’apprentissage en ligne amplifié par la période Covid, plusieurs États ont ainsi accéléré la cadence, en intégrant de la GenAI dans leurs programmes.
C’est le cas au Royaume-Uni qui recourt à une application dont les algorithmes permettent de monitorer les progrès des élèves. Une expérience qui s’est avérée concluante, poussant même le gouvernement anglais à débloquer près de 5 millions d’euros pour développer de nouveaux outils d’IA en faveur des professeurs.
Une tendance qui se propage à travers le monde, en Amérique comme en Asie, en espérant que l’Afrique ne soit pas honnie. En tout cas, les géants de la tech font tout pour, car ils croient dur comme fer dans les débouchés du secteur éducatif.
D’ailleurs, les Microsoft, Meta et autres OpenAI vont jusqu’à s’associer à des start-up pour proposer directement leurs services à des établissements scolaires.Une pratique qui n’est cependant pas sans soulever certaines craintes.
À l’instar de celle exprimée par directeur du Rapport mondial de suivi de l’éducation de l’Unesco. Cité par l’AFP, Manos Antoninis trouve «regrettable que l’éducation soit utilisée comme une sorte de cheval de Troie pour accéder aux futurs consommateurs».
Une des précautions à prendre en plus de toutes celles liées aux risques de triche, de plagiat ou de diffusion de fausses informations. La dynamique actuelle autour des intelligences artificielles implique donc un véritable changement de mindset.
Jusqu’à récemment, par exemple, les enseignants sanctionnaient les élèves ou les étudiants qui s’appuyaient sur des logiciels d’intelligence artificielle pour faire leurs devoirs.
Mais au regard de l’expansion de ces outils et face à l’ampleur de leur efficacité, une nouvelle approche s’est imposée. À présent, les professeurs imposent à leurs apprenants l’utilisation de l’IA générative.
Toute la valeur des rendus sera perçue dans la capacité du disciple à faire preuve de suffisamment de discipline pour intégrer la technologie à la structure de sa pensée, et non pas se limiter à un simple copier-coller, sans le moindre intérêt.
Cela implique aussi l’acquisition d’une certaine expertise de la part des pédagogues, sans quoi ils se retrouveront aspirés dans les abysses de tous ces professionnels qui n’ont pas su négocier ce nouveau virage du progrès.
Il leur faudra dès lors, sans trop tarder, retourner sur les bancs de l’école ou de l’université.
