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Idées

Chaos dans le ciel

Chronique de Hinde Taarji.

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Un ciel bleu, magnifique, dépouillé de toute traînée blanche. Un ciel rendu à sa sérénité, goûtant le bonheur du silence retrouvé. Au sol, les grands oiseaux d’acier contraints à l’immobilisme. Des aéroports fermés, des espaces aériens interdits, des centaines de milliers de personnes bloquées dans leurs déplacements … D’un bout à l’autre de la planète, les conséquences de l’éruption du volcan islandais Eyjafjoll se sont faites ressentir. L’inédit de la situation, à travers cette illustration parfaite de «l’effet papillon», témoigne de ce que la mondialisation module la planète jusque dans le grondement de ses entrailles.

La nature adore se rappeler au bon souvenir de l’homme. Elle aime mettre à plat ses illusions de puissance. Elle se joue de lui comme on se joue d’un enfant que la propension aux rêves empêche de grandir. Se laissant faire à certains niveaux, elle donne à croire qu’on peut la dominer, la transformer, lui imposer un cours … Puis, tel un cheval sauvage sur lequel aucune bride ne résiste, elle rue et ses ruades se révèlent souvent d’une incroyable violence. Tornades, cyclones, tempêtes, tremblements de terre, l’actualité résonne constamment des colères redoutables de la dame. Juste pour cette année 2010, on peut citer pêle-mêle le séisme qui a quasi détruit la capitale haïtienne, Port-au-Prince, celui du Chili avec ses centaines de morts, celui de la Chine de la semaine dernière, la tempête Xinthia en France, nos propres inondations et leur lot de sinistrés. Pour dramatiques qu’elles aient pu être, les retombées de ces catastrophes naturelles ont été habituelles. Elles concernaient un espace géographique donné, n’affectant les populations que là où elles se sont produites. Par contre, la situation créée par l’éruption en Islande du volcan Eyjafjoll est exceptionnelle. Sur place, Il n’y a pas eu de victimes mais à  travers le monde ce sont des millions de personnes qui en ont subi les conséquences. Le nuage de cendres craché dans le ciel a totalement paralysé le trafic aérien en Europe du nord et du centre. Les particules rejetées par le volcan pouvant bloquer les réacteurs des avions, ces derniers ont été interdits de vol tant que des risques subsistaient. Evalué à 200 millions de dollars par jour, le coût est supérieur aux dommages infligés lors du 11 septembre 2001, ce qui laisse prévoir une nouvelle crise pour les compagnies aériennes. Tombant en pleine période de vacances scolaires, cette immobilisation brutale des avions a bloqué des centaines de milliers de voyageurs dans des aéroports et des pays étrangers.

L’impact de l’éruption du volcan islandais sur les hommes et les économies du monde montre le degré d’interdépendance de nos sociétés actuelles. Il révèle aussi un fait, moins évident mais tout aussi problématique : le décalage croissant entre les aléas dont la nature a fait preuve et les particularités du monde moderne. Il y a toujours eu des volcans en éruption. Mais il n’y a pas toujours eu des avions volant à plus de 10 000 mètres d’altitude qui sont des bijoux de sophistication technologique. En cela, le progrès représente à la fois une force et une faiblesse. Quoique petit homme fera, le dernier mot, il lui faudra laisser.