L’ADSL : une réelle opportunité pour les opérateurs télécoms ?

Les travaux de génie civil pour l’accès au réseau d’infrastructure de cuivre de Maroc Telecom seront désormais mutualisés entre Inwi et Orange. L’accès de milliers de ménages à l’ADSL dans les zones rurales, les douars et les périphéries est tributaire de nouveaux investissements dans l’infrastructure de cuivre. La fibre optique reste cantonnée aux quartiers huppés et aux zones industrielles.

Après avoir statué sur la saisine déposée à l’encontre de Maroc Telecom (IAM) pour pratiques anticoncurrentielles relatives au dégroupage, l’ANRT (Autorité nationale de régulation des télécommunications) demande dorénavant à l’opérateur historique d’ouvrir l’infrastructure de cuivre à ses concurrents : Inwi et Orange. Wana Corporate, filiale d’Al Mada, abandonna l’action engagée contre Maroc Telecom en 2018 au tribunal de commerce de Rabat. A l’instar d’Orange, elle bénéficiera, après une longue attente, du dégroupage et enfin de l’accès au marché du fixe et de l’ADSL où Maroc Telecom détient une part de marché de 99,9%. D’après une source non autorisée, les deux opérateurs vont dorénavant mutualiser leurs investissements pour accéder aux marchés du fixe et de l’ADSL. Néanmoins, des questions s’imposent. Face à la fibre optique et la 5G qui arrive, l’ADSL constitue-t-elle encore une alternative de connexion fiable? L’ouverture de l’infrastructure permettra-t-elle d’élargir l’assiette des abonnés et de permettre à d’autres foyers d’être enfin connectés ?

Pas de baisse des prix en vue concernant l’abonnement ADSL

Pour plusieurs experts, la concurrence ne baissera pas, car les prix des abonnements ADSL sont déjà très bas. «Avec l’arrivée de la concurrence, il ne faut pas compter sur une baisse des prix pour exploser le nombre de foyers abonnés à l’ADSL. Les zones éloignées et non desservies telles que les fermes limitrophes aux zones urbaines, les douars et les bidonvilles… où il n’y a pas de terre de cuivre et de téléphone fixe (nécessaire pour obtenir l’ADSL), réclament, eux aussi, des connections ADSL. Pour le moment, ces zones peuplées par des gens avec peu de moyens achètent des cartes prépayées pour se connecter à internet sur smartphone à un prix situé entre 10 et 20 dirhams/jour. Pour ce faire, il faudra créer de nouvelles infrastructures dans les petites villes, les douars et les quartiers périphériques. Un changement de réglementation, à l’instar du service universel, est nécessaire pour obliger les opérateurs à investir partout où il y a de la demande et ainsi généraliser l’accès à l’ADSL», déclare Karl Stanzik, DG de MTDS, entreprise de solutions de télécommunications. Aujourd’hui, les opérateurs cherchent la rentabilité, d’autant plus qu’ils doivent aussi engager de gros investissements afin d’offrir le très haut débit (la 5G et la fibre optique) en résidentiel. Mais, vu les milliers de foyers, qui espèrent avoir accès à l’ADSL, ce type de connexion a encore de l’avenir au Maroc. «De nouvelles technologies telles que la VDSL, permettent d’obtenir des connexions très performantes pour les utilisations actuelles telles que Netflix, le téléchargement de vidéos… La vitesse de connexion peut atteindre 100 Mo pour l’utilisation domestique et en entreprise. Mais l’ADSL risque de devenir obsolète dans 5 ou 6 ans si le déploiement de la fibre optique dont la vitesse atteint 500 Mo est généralisé», déclare Ahmed Elazrak, DG de GTEL, entreprise spécialisée en prestations et produits de télécommunications. A noter que le parc de l’ADSL s’établit à 1,44 million d’abonnements à fin mars 2019 (selon l’ANRT). Celui de la FTTH (fibre optique) est de 82 693 abonnements. Pour le moment, les investissements des opérateurs de télécommunications en fibre optique restent cantonnés aux quartiers huppés et aux zones industrielles à des prix qui débutent à partir de 500 DH/mois. La 5G arrivera au Maroc à partir de 2022/2023 avec des vitesses de connexion très haut débit (jusqu’à 20 Go/s) mais avec des portées plus courtes. Elles permettront des usages improbables (internet des objets, réalité virtuelle, cloud gaming, streaming et dans le futur, la conduite autonome, la numérisation de l’industrie et de la médecine). Les experts y trouvent déjà une solution de connexion très haut débit dans les campagnes. En attendant, nos opérateurs de télécommunications cherchent leur business model optimal.

Une diversification des produits des opérateurs

«Le modèle économique qui repose sur la vente de la voix et de la data n’est plus durable. C’est la raison pour laquelle les opérateurs commercialisent déjà du contenu ; applications industrielles pour professionnels, internet des objets, cloud géré par les opérateurs sous forme d’abonnements… C’est ce que l’on appelle Clients légers. Les opérateurs vont se renforcer dans les produits à forte valeur ajoutée. L’ADSL restera une offre support avec un rendement limité», explique M. Elazrak, qui estime que seul l’élargissement du volume d’abonnés ADSL permettra de rentabiliser ce produit. Et pour plus de valeur pour le consommateur, les deux opérateurs pourraient mettre sur le marché des packages ADSL intégrant des abonnements Netflix par exemple. Il faudra aussi et surtout rentabiliser les travaux de génie civil nécessaire pour accéder à l’infrastructure de cuivre et la dernière boucle dont le prix de location dû à Maroc Telecom devra forcément baisser. Sous d’autres cieux, ce sont les collectivités locales qui louent la dernière boucle directement aux opérateurs.