La 5G arrive en Inde en octobre prochain : qui va en profiter ?

Longuement critiquée pour son retard en termes de déploiement de la 5G en comparaison notamment avec la Chine, son voisin du nord, l’Inde a mis récemment les bouchées doubles pour assurer une large couverture du réseau très haut débit.

Ainsi, le gouvernement indien s’est engagé à déployer à compter d’octobre prochain au profit de ses 1,35 milliard d’habitants, le réseau 5G dont le débit sera jusqu’à 10 fois la vitesse de la 4G.

Pour ce faire, la plus grande vente aux enchères de spectre jamais réalisée en Inde a eu lieu en début de ce mois d’août avec des offres supérieures à 18 milliards de dollars pour acquérir des licences 5G de 20 ans.

En fait, les 71% des 72 GHz d’ondes disponibles ont suscité l’intérêt des hommes les plus riches du pays, avec l’entrée en lice des magnats Mukesh Ambani, Gautam Adani ou encore Sunil Mittal, tous en quête des droits de fréquence qui pourraient décider de l’avenir de l’ère numérique dans un pays qui abrite le deuxième plus grand nombre d’utilisateurs de smartphones après la Chine.

La part du lion a été remportée par Reliance Jio, propriétaire du milliardaire Mukesh Ambani qui a réussi un coup de maître en achetant la plus grande quantité de spectre 5G avec une participation dans l’enchère totale à plus de 50 % pour la coquète somme de 11,2 milliards de dollars.

« Reliance Jio est en passe de diriger l’Inde vers l’ère de la 5G », a affirmé le président de Gio, Akash Ambani qui n’est autre que le fils de Mukesh, promettant « des services, des plates-formes et des solutions qui devraient accélérer la révolution numérique de l’Inde ».

Pour sa part, Adani Data Networks Ltd (ADNL), de Gautam Adani, a acquis le droit de 400 MHz de spectre dans la bande d’ondes millimétriques de 26 GHz pendant 20 ans.

Le groupe Adani prévoit d’utiliser les ondes acquis pour ses centres de données mais également pour soutenir les entreprises de la distribution d’électricité aux aéroports et de la vente au détail de gaz aux ports.

« L’acquisition de 400 MHz de spectre est la première étape du groupe dans l’intégration de son portefeuille d’infrastructures numériques, qui comprend des centres de données, des câbles terrestres à fibre et sous-marins, un cloud industriel, des laboratoires d’innovation en IA, la cybersécurité et des SuperApps », note le groupe dans un communiqué.

Avec une fortune respectivement de 130 milliards USD et 95 milliards USD, MM. Adani et Ambani, les deux hommes les plus riches d’Asie, avaient adopté des approches contrastées en matière de diversification des activités.

Alors qu’Ambani, 65 ans, est passé du secteur du raffinage du pétrole et de la pétrochimie aux entreprises de télécommunications et de vente au détail destinées aux consommateurs, Adani, 60 ans, a opté pour l’exploitation des ports, la production de charbon, la distribution d’énergie, ou encore le développement de centres de données et plus récemment l’investissement dans le ciment et le cuivre.

Toutefois, les deux hommes ont décidé de jeter leur dévolu sur le même champ de bataille, la 5G. Ce nouveau réseau qui offre une expérience de navigation illimitée pour les consommateurs mais aussi des gains immenses pour les opérateurs et des innovations technologiques révolutionnaires pour les entreprises.

Par ailleurs, le deuxième plus grand opérateur de télécommunications du pays, Bharti Airtel, dirigé par Sunil Mittal a déboursé 5,5 milliards de dollars pour acquérir un total de 19,8 GHz de spectre.

« Cela nous permettra de relever la barre de l’innovation. Nous sommes convaincus que nous serons en mesure de fournir la meilleure expérience 5G en Inde en termes de couverture, de vitesse et de latence », relève la société dirigée par Mittal, un entrepreneur indien, dont la fortune s’élève à 13 milliards USD, selon les estimations de Forbes.

Aux trois concurrents, s’ajoute Vodafone Idea qui a reçu 2.668 MHz d’une valeur de 2,4 milliards de dollars. L’opérateur dit vouloir offrir une expérience de cinquième génération supérieure à ses clients et renforcer les offres des entreprises.

Le ministre d’État pour les technologies de l’information, Rajeev Chandrashekhar, s’est dit fier que l’Inde a fait recours dans le déploiement de la 5G à des équipements conçus et développés en Inde contrairement aux équipements utilisés dans les réseaux 2G, 3G et 4G qui ont été importés de l’étranger.

Cependant, l’Inde ne peut ignorer le soutien technologique d’autres géants du secteur dont le suédois Ericsson, le finlandais Nokia ou encore le sud-coréen Samsung et ce après que New Delhi ait écarté toute coopération avec les deux géants chinois Huawei et ZTE dans la continuité du climat de tension qui plane sur la relation entre les deux grosses pointures de l’Asie depuis les affrontements de juin 2020.

« Les services 5G dans le pays devraient démarrer en octobre et le secteur des télécommunications restera l’un des plus abordables au monde, même après le lancement de la 5G », assure M. Chandrashekhar.

Certes les tarifs seront maintenus inchangés, commentent des analystes, mais comme les clients finiront par consommer plus de données sur la 5G, car c’est plus rapide, le revenu moyen par unité (ARPU) connaîtra une croissance tirée par le volume plutôt que par les tarifs.

Quoi qu’il en soit, l’expérience 5G marquera un véritable tournant en Inde et ailleurs en particulier pour les entreprises qui souhaitent se lancer dans le développement de nouveaux segments tels que l’Internet des objets (IoT), l’intelligence artificielle et la réalité virtuelle.