Audiovisuel : la radio parvient-elle à tirer son épingle du jeu ?

La radio résiste plus que d’autres canaux à la crise que connaissent les médias de manière générale. Les investissements des services radiophoniques ont atteint 45 MDH en 2018, ce qui représente 5,5% des investissements audiovisuels globaux.

Après l’octroi récent par la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA) d’une licence à la nouvelle chaîne Sol Radio, le nombre d’opérateurs radiophoniques est passé à 23, dont 11 radios FM. Ce n’est nullement un signe de bonne santé, mais en tant que canal publicitaire, la radio semble tirer son épingle du jeu, comparée aux autres canaux. Et ce, bien que les recettes de l’audiovisuel n’aient connu globalement qu’une légère croissance de 1% entre 2015 et 2018, à savoir de 2,43 à 2,5 MDH. Ces recettes sont générées majoritairement par les opérateurs publics qui réalisent 84% du volume global.
En tout cas, plusieurs arguments liés au business model expliquent pourquoi la radio souffre moins de la crise actuelle. Selon Hamid Faridi, pratiquant de la Radio et publicitaire, il s’agit d’abord d’une question de coûts. Ces derniers sont allégés des charges qui pèsent d’habitude sur les autres secteurs comme le papier pour la presse écrite. Ensuite, «ce canal continue à séduire ses auditeurs, malgré le changement induit par les réseaux sociaux et Internet», explique M. Faridi. En ce qui concerne le contenu de la radio, qui continue à attirer plus d’audimat, «l’information locale et les débats de société arrivent à faire ce que la presse écrite ne parvient pas à réaliser, à savoir intéresser le public. De plus, l’instantanéité de la radio lui a permis de continuer à concurrencer le web. Ce que peut faire aussi la presse écrite si elle arrive à apporter une valeur ajoutée à l’information qu’elle véhicule», poursuit Hamid Faridi.

A l’ère de l’interactivité, la radio continue de faire impliquer son public dans la production de continu. «Plus de 50% du volume du travail est fourni par les appels téléphoniques des auditeurs, sans un investissement supplémentaire», confirme M. Hamidi.

Internet, une faiblesse ou une force ?

Selon notre interlocuteur, la radio peut encore mieux faire. Jusqu’à présent, les radios n’ont pas encore investi convenablement pour exploiter le digital. Un constat que confirme le montant qu’investissent les radios actuellement, qui ne dépasse pas 45 MDH (2018). «Seuls quelques opérateurs ont compris l’importance de la transformation de leur contenu radiophonique en vidéos. Il y a actuellement des radios qui sollicitent des WebTV de la place pour relayer leur contenu. Cela ne peut pas servir le développement des radios», souligne Hamid Faridi.

Cependant, le digital oblige dorénavant les opérateurs à s’adapter à ses exigences en termes de volume de continu. Une radio qui souhaite assurer son virage digital doit produire plus qu’un journal quotidien ou un hebdomadaire, d’où la nécessité d’investir encore plus. «Dans un support écrit, une bonne enquête par semaine est suffisante pour un hebdomadaire pour tenir en haleine le lecteur. Pour le digital, ce n’est pas suffisant. Il faut essayer d’attirer le public en permanence», poursuit M. Faridi. C’est peut-être cela qui explique que la publicité réussit plus facilement dans les canaux classiques. Quand le digital y intervient, les cartes doivent être rebattues.

Cela étant dit, comme cité auparavant, les investissements des services radiophoniques ont atteint, en 2018, 45 MDH (5,5%), comparés aux 774 MDH pour les services télévisuels. Globalement, «les opérateurs de communication audiovisuelle dans la production audiovisuelle nationale ont enregistré une augmentation annuelle de 11%, pour atteindre 819 MDH en 2018», note le rapport annuel 2018 de la HACA. «La contribution des services télévisuels s’élève ainsi à 95% des investissements globaux, dont 42% sont le fait de maisons de production externe».

Paysage radiophonique, chiffres clés (2018)
Paysage radiophonique, chiffres clés (2018)

 

Selon les données recueillies par la HACA, 53% des ménages confirment avoir des équipements de réception des services radiophoniques. Ces derniers sont largement consommés en bande FM car les ménages sont équipés à 99% en technologie de réception adaptée à ce besoin. Les mêmes données font état d’un pourcentage de 78% de consommation par les ménages des contenus radiophoniques sur un dispositif classique (transistor/tuner) pour la réception des services radiophoniques. L’autoradio et les équipements multimédias sont, quant à eux, utilisés respectivement à hauteur de 21% et 3%. Chez les jeunes âgés de 15 à 39 ans, le téléphone mobile et la tablette sont les terminaux les plus en vogue. Par ailleurs, les Marocains appartenant à la catégorie d’âge de plus de 40 ans sont les plus nombreux à utiliser le poste radio. Enfin, concernant les effectifs, le nombre total de salariés travaillant au sein des entreprises de radio et de télévision a atteint 3 514 personnes en 2018, contre 3475 en 2017.