Formation professionnelle : details du rapport du Conseil supérieur de l’éducation

Le Conseil supérieur de l’éducation, la formation et la recherche scientifique (CSESFR) a passé au peigne fin les défaillances du dispositif de formation professionnelle. Dans un rapport de 124 pages, il recommande la refondation et propose des mesures innovantes dans ce sens. En voici le résumé.

Le Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique (CSEFSR) a présenté, vendredi 26 avril dans son siège à Rabat, un rapport autour de la formation professionnelle initiale.

Intitulé « La formation professionnelle : Clés pour la refondation », le rapport est consacré essentiellement à la formation professionnelle initiale (FPI).

Il fait le point sur l’état actuel de la formation professionnelle au Maroc, ses acquis et dysfonctionnements etprésente les clés pour sa reforme.

Bilan mitigé, dysfonctionnements persistants

La première partie du rapport dresse l’état des lieux. Il en ressort des acquis substantiels :

Développement de la capacité d’accueil (plus de 2000 établissements et espaces de formation) et un nombre de stagiaires atteignant les 400.000. 
Diversité des intervenants : l’OFPPT, les départements de l’Agriculture, de l’Artisanat, des Pêches maritimes, du Tourisme, etc. aux côtés du secteur privé de la formation professionnelle et des entreprises, ainsi que des branches des chambres professionnelles.
– Diversification des filières de formation et la mise en place de modes consacrant l’entreprise comme espace privilégié de la formation.
– Amélioration de l’adéquation formation-emploi à travers les REM-REC (Répertoire des Emplois-métiers et Référentiel Emplois-compétences)
– Un système d’évaluation et un arsenal juridique étoffé maximisant l’efficience de la gouvernance du dispositif.  

D’un autre côté, le rapport énumère les dysfonctionnements structurels qui empêchent le dispositif de formation professionnelle d’atteindre les objectifs escomptés : 

Modèle bâti sur une imbrication de types, de modes et d’approches de formation sans réelle cohérence, ni véritable convergence entre eux. 
Insuffisance des budgets octroyés, aggravée par une faible rationalisation et optimisation des ressources allouées. 
 
Manque de coordination entre parties prenantes se manifestant par des conflits d’intérêt entre intervenants dans le dispositif 
Déphasage avec la réalité des besoins économiques et sociaux sur les plans quantitatif et qualitatif. Il est corroboré par des taux bas d’insertion et d’emploi comparativement à l’enseignement général.
Persistance d’une image dévalorisante de la formation professionnelle. Elle serait due en particulier aux difficultés que connaissent ses lauréats à s’insérer dans le marché de l’emploi, et au manque de perspectives de poursuite du parcours éducatif pour ceux qui le désirent.
Rendement peu efficient au vu des résultats très en-deçà des espoirs portés sur la formation professionnelle.

Le rapport conclue qu' »une telle situation met en exergue l’acuité et l’urgence d’une refondation de ce dispositif, afin de lui permettre de jouer pleinement son rôle d’ascenseur social et de pourvoyeur de compétences pour les grands chantiers du pays ».

 Clés pour la refondation 

Le rapport établit d’abord les objectifs de ce chantier : 

Établir une continuité des parcours d’enseignement et de formation au sein du SEF.
Assurer l’adéquation la plus rigoureuse possible des formations dispensées aux besoins du marché de l’emploi d’une part, et à l’anticipation continue des transformations des métiers et des compétences, d’autre part.
Améliorer le rendement qualitatif et quantitatif de la formation professionnelle en agissant particulièrement sur les leviers de la gouvernance et du modèle pédagogique.
Promouvoir et valoriser la formation professionnelle et réhabiliter son rôle dans l’ascension et l’inclusion sociale des individus.
Constituer un vivier de compétences et de profils qualifiés pour attirer et retenir les flux d’investissements et renforcer la compétitivité de l’économie nationale.

Il propose ensuite 6 axes de refondation

1 – Une architecture intégrée des parcours de formation : Elle s’appuiera sur l’articulation de trois composantes que sont le parcours professionnel, la formation qualifiante et l’entreprise. Cette architecture se décline par cycle comme suit :

Le cycle obligatoire

Au niveau du primaire : Une initiation aux activités et travaux pratiques à caractère manuel et une sensibilisation aux divers métiers.
Au niveau du collège : L’intégration d’une dimension professionnelle dans le cursus collégial, ainsi qu’une formation générale pour tous les apprenants de ce cycle. En cas de décrochage ou d’abandon au niveau du cycle obligatoire, l’élève pourra poursuivre un programme de formation qualifiante. Il lui permettra en outre de réintégrer le système éducatif. 

Le secondaire qualifiant

Un parcours qualifiant professionnel débouchant sur un Baccalauréat Professionnel. Ce dernier permet soit la poursuite d’études supérieures générales techniques, technologiques ou professionnelles, soit l’accès à la vie active. Il donne également la possibilité, pour ceux qui le souhaitent, de réintégrer ultérieurement le système d’éducation-formation. En cas d’abandon, l’élève pourra poursuivre un programme de qualification professionnelle.

L’enseignement supérieur

Le baccalauréat professionnel offrira les mêmes perspectives de poursuite des études supérieures que le baccalauréat général.

Les titulaires des diplômes professionnels de baccalauréat + 2 ans auront la possibilité soit de poursuivre leurs parcours en licence (professionnelle ou générale) s’ils justifient des conditions requises, soit d’intégrer la vie active.
L’obtention d’une licence professionnelle permettra l’accès aux différents parcours universitaires de niveau supérieur (Master, Master spécialisé, Doctorat, ingénieur d’Etat…).
En cas d’échec avant l’obtention d’un diplôme universitaire, l’étudiant aura la possibilité d’accéder à une formation qualifiante supérieure, avec option de retour à l’université.

2 –  Un modèle pédagogique rénové : Outre un socle commun de connaissances générales, de compétences linguistiques et de « soft-skills », chaque parcours doit permettre à l’apprenant d’acquérir des compétences professionnelles et une solide connaissance du monde du travail.

3 –  Un nouveau système d’orientation des jeunes qui facilite la maturation vocationnelle, ainsi que les choix éducatifs et professionnels des apprenants.
4 – Le renforcement des capacités professionnelles des intervenants dans le processus de formation.
5 – La refonte du modèle de gouvernance et de financement : le Conseil invite à une gouvernance basée sur une plus grande visibilité des rôles et des responsabilités, qui mette l’entreprise au centre du processus de prise de décision et qui s’aligne sur les prérogatives des régions.  Le modèle de financement, quant à lui, doit être revu de manière à permettre l’implémentation d’une politique volontariste de développement de ce secteur. Outre l’Etat, les régions devront contribuer, dans le cadre de leur politique de développement régional, au financement du secteur.
6 – La revalorisation de la formation professionnelleCette revalorisation passera par la promotion de l’excellence et la valorisation des cas de réussite,  la consécration du principe de discrimination positive, l’amélioration de l’employabilité et de l’adaptation aux exigences du marché de travail, puis la promotion de l’ouverture à l’international.

Enfin, le rapport liste des recommandations pour accompagner la refondation du dispositif. Ainsi, sa mise en oeuvre gagnerait à adopter une implantation progressive du changement, une démarche participative multi-acteurs et une évaluation régulière du cheminement de la réforme.