ENSEIGNEMENT : Entretien Abderrahmane Farhate, Directeur Général de l’ESITH

Bien intégrée dans la stratégie du minitère du commerce et de l’industrie à l’horizon 2021, la nouvelle filiale sera ouverte suite à la demande des entreprises de la région de Tanger opérant dans différents secteurs : habillement, logistique, automobile, distribution…

Pouvez-vous nous parler de l’offre de formation de l’ESITH et comment elle a évolué depuis sa création?

Aujourd’hui, l’ESITH offre des formations en trois cycles. En cycle Ingénieur, nous disposons de deux  filières, la 1ère est le Génie industriel en 3 options : Logistique internationale, Textile-habillement et Chef de produit ; et la 2e filière est l’Informatique et Management des systèmes. Pour le cycle Master spécialisé, nous avons trois filières : Hygiène, sécurité et Environnement ; Distribution et Merchandising et E-Logistique. De même, notre offre de formation intègre cinq filières en cycle Licence professionnelle: Gestion de la production en textile, Gestion de la production en habillement, Développement en habillement, Gestion de la chaîne logistique et enfin Gestion des achats et sourcing. S’agissant de l’évolution de notre offre de formation, et si on fait le bilan par rapport à nos vingt années d’existence, nous retenons trois dates essentielles : Tout d’abord, l’année 2002/2003 a été marquée par la mise en place de nos premières filières à caractère transversal en cycle Ingénieur, en l’occurrence «Logistique Internationale» et «Chef de produit» ; deux programmes de formation qui nous ont permis depuis cette année de répondre aux besoins en compétences d’une multitude de secteurs industriels et de service, en plus du secteur Textile-Habillement.

En 2004, nous avons adopté le système LMD et avions eu le mérite de recevoir l’accréditation des premières filières en cycle licence professionnelle à l’échelle nationale dans un établissement de l’enseignement supérieur ne relevant pas de l’université. Nos programmes en cycle Licence professionnelle ont été conçus et développés selon l’approche par compétences. L’année académique 2004/2005 a été également caractérisée par la sortie de notre dernière promotion en cycle technicien spécialisé.

Troisième période importante pour l’ESITH est l’année 2006, où notre école a été signataire de la convention nationale «10 000 ingénieurs». Cette convention s’étalait sur quatre années et nos engagements ont été respectés : Evolution progressive de nos effectifs en formation de 400 en 2006 à 800 en 2010. Cette évolution a été soutenue durant les années suivantes, ce qui nous a permis d’atteindre aujourd’hui un effectif de 1 070 étudiants en formation. Evidemment, nous avons accompagné cette évolution par l’implantation de nouveaux programmes de formation dans nos trois cycles de formation.

Avez-vous prévu le lancement de nouvelles filières ou l’ouverture de nouveaux établissements ?

Le lancement de nouvelles filières à l’ESITH se décide avec notre Conseil de perfectionnement qui intègre parmi ses membres plusieurs dirigeants et cadres d’entreprises. Dans ce sens, nous prévoyons pour la rentrée 2017/2018 le démarrage de deux nouveaux programmes : Ingénieur en génie chimie et master spécialisé en management de produit textile-habillement.

Nous préparons également l’ouverture d’une filiale de l’ESITH à Tanger et ce à la demande des entreprises de la région opérant dans différents secteurs : Habillement, Logistique, Automobile, Distribution…Ce grand projet a été bien intégré dans la stratégie de notre ministère de tutelle à l’horizon 2021.

Pour mieux répondre aux besoins pressants de nos entreprises partenaires de la région du Nord, nous disposons d’ores et déjà et de manière provisoire d’une antenne de l’ESITH au siège de l’AMITH Nord. En formation continue et à la demande du secteur de l’habillement, nous préparons la mise en place d’un Mastère en formation continue sur le «Lean Management pour l’industrie de l’habillement». Un 2e Mastère verra le jour au mois de septembre prochain et portera sur «Le Marketing digital» ; nous avons reçu beaucoup de demandes de nos entreprises partenaires, tous secteurs confondus, par rapport à cette thématique.

Les établissements privés sont de plus en plus privilégiés par les parents d’élèves, pensez-vous qu’ils puissent réellement contribuer à la politique d’émergence du Maroc ? Comment ?

Dans un contexte de mondialisation et d’ouverture de l’économie, il s’impose aux opérateurs de l’enseignement supérieur, qu’ils soient publics ou privés, d’adopter une stratégie de formation anticipant la demande du milieu socioéconomique. De manière générale, les établissements d’enseignement supérieur privé ont toujours contribué à l’amélioration de l’offre de formation dans différents domaines : Ingénierie, Management, Commerce… Evidemment, ces établissements, et à l’instar de leurs homologues du public, sont tenus de se conformer aux normes de l’Autorité gouvernementale chargée de l’enseignement supérieur. Leur prolifération ne pourrait en aucun cas nuire à la qualité de notre système de l’enseignement supérieur, à condition qu’il y ait la mise en place et le suivi régulier des indicateurs de performance (Ingénierie des programmes associant des représentants du monde de l’entreprise, taux d’insertion des lauréats, taux de satisfaction des employeurs et la capacité des diplômés à entreprendre entre autres…) 

Pouvez-vous nous présenter un peu plus l’incubateur de l’entrepreneuriat féminin mis en place au sein de l’ESITH grâce à l’appui du programme belgo-marocain APEFE et l’Association des femmes chefs d’entreprises (AFEM)  ?

L’ESITH a mis en place un incubateur d’entreprenariat féminin inauguré en mai 2016 dans le cadre du programme belgo-marocain de soutien à l’entrepreneuriat féminin – Min Ajliki, développé par l’APEFE Wallonie-Bruxelles et l’AFEM visant l’amélioration qualitative et quantitative de l’entrepreneuriat féminin à Casablanca.

Le partenariat tripartite a pour objectif de promouvoir l’entrepreneuriat et l’esprit d’initiative chez les étudiantes et lauréates de l’ESITH, notamment à travers :

• La mise en place d’un espace de co-working pour l’hébergement d’entreprises exclusivement dédié aux étudiantes et lauréates de l’ESITH.

• L’organisation conjointe des actions et des événements liés à l’entrepreneuriat ;

• Les échanges d’expérience et l’expertise en matière de formation et d’accompagnement à l’entrepreneuriat.

Dans le cadre du plan d’accélération industrielle, l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) compte créer 100 000 nouveaux emplois dans les 3 prochaines années. Quel rôle jouera l’ESITH pour l’atteinte de cet objectif ?

Je rappelle que l’ESITH est le fruit d’un partenariat entre les pouvoirs publics et l’AMITH. Des membres de ladite Association siègent dans nos deux Conseils de Surveillance et de Perfectionnement, d’où une adaptation permanente de nos contenus de formations initiales et continues et de nos méthodes d’enseignement aux besoins émergeants du secteur. Par ailleurs,  nous collaborons régulièrement avec le pôle formation de l’AMITH et les structures concernées du ministère chargé de l’industrie (signataire de nos diplômes) afin de répondre au mieux aux besoins stipulés dans les différentes stratégies sectorielles : Plan Émergence, Pacte national pour l’emergence industrielle puis le Plan d’accélération industrielle. A titre d’exemple, le nouveau programme de formation en cycle Master spécialisé, filière management du produit textile habillement, que nous démarrerons à la rentrée prochaine, émane des besoins en compétences affichés par les écosystèmes textiles. Dans le même sens, nous renforcerons la formation de nos Ingénieurs dans des disciplines telles que «Les textiles à usage technique», «Le denim», «Le lean management»… Par ailleurs, dans le cadre de la convention signée récemment avec le département de la formation professionnelle, nous nous sommes engagés sur l’élargissement des centres de formation inter-entreprises en créant 55 nouveaux centres de formation avec comme objectif d’atteindre 7 000 opérateurs machines formés pour le secteur textile habillement à l’horizon 2021.   

Disposez-vous d’un programme d’échanges au sein de votre établissement? Quelles filières, quels pays, combien de personnes en ont profité ?

Depuis 2005, nous avons signé des conventions de double diplôme avec des écoles d’ingénieurs françaises ; Durant une dizaine d’année, près de 150 élèves ingénieurs de l’ESITH ont pu poursuivre leurs formations d’ingénieurs au sein de l’ENSAIT- Roubaix, à l’ENSISA- Mulhouse ou à l’ENSIAME- Valenciennes. Nous avons également des conventions de partenariat avec le Canada, notamment avec le CTT, Institut de recherche à Saint-Hyacinthe, les laboratoires de recherche de l’Université Laval du Québec…

Notre toute dernière convention a été conclue avec une université japonaise, Université Shinsh, la convention permet chaque année aux diplômés du cycle ingénieur de l’ESITH, ayant satisfait les conditions requises, de poursuivre des études de 3e cycle au Japon.

Par ailleurs, l’ESITH est membre associé depuis 2012 de l’AUTEX, Association des universités textiles européennes, et plusieurs de nos travaux de recherche sont réalisés en partenariat avec des laboratoires de recherche des établissements européens membres d’AUTEX.