Education : 431 876 abandons scolaires en 2018

Ce chiffre correspond au nombre d’élèves ayant quitté l’école dans les trois niveaux, primaire, secondaire, collégial et secondaire qualifiant. 78,3% de ces abandons surviennent au cycle fondamental (école et collège). Les taux d’abandon les plus faibles sont enregistrés dans les provinces du Sud.

Selon les résultats de l’enquête réalisée en 2018 par le Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (CSEFRC), sur un échantillon composé de 3000 ménages, «l’abandon scolaire constitue le deuxième problème le plus grave auquel fait face le système d’éducation au Maroc pour 45% des parents enquêtés». En plus clair, cela correspond à un chiffre inquiétant de 431876 élèves ayant abandonné l’école, le collège ou le lycée en 2018 (voir tableau). Ces statistiques, publiées récemment par le CSEFRC dans le rapport «Atlas territorial de l’abandon scolaire : analyse des parcours de la cohorte 2014-2018 et cartographie communale», offre une étude pertinente du phénomène de l’abandon. Cette étude montre que «la majorité de ces abandons surviennent au cycle fondamental (école et collège) avec 78,3% du total». En effet, environ 338 000 abandons sont enregistrés dans les deux cycles du primaire et du secondaire collégial, une phase logiquement censée garder les enfants à l’école au moins jusqu’à l’âge de 15 ans, celui de l’achèvement du cycle collégial.

126 000 abandons au primaire en 2018

Depuis 2015, le nombre d’abandons du primaire a baissé pour se fixer fin 2018 autour de 126 000 abandons. En ce qui concerne le collège, le nombre d’abandons poursuit son augmentation alarmante pour atteindre un seuil de 212 000 en 2018, dépassant ainsi le chiffre tout aussi inquiétant de 196 000 enregistré en 2015. Au lycée, l’abandon est, en revanche, plus maîtrisé avec un nombre de 93 000 en 2018, en raison de ce que les spécialistes du CSEFRS appellent «un filtre» que représentent les milliers d’enfants qui abandonnent l’école avant d’atteindre cette phase importante de la vie d’un élève. «L’analyse des taux d’abandon par cycle révèle à peu près les mêmes constats : si les taux d’abandon dans le primaire et le qualifiant tendent à la baisse depuis 2015 (baisse significative en 2016 puis très lente en 2017 et 2018), le taux d’abandon au collégial augmente et culmine à 14,3% en 2018», note le rapport Atlas territorial de l’abandon scolaire.

Les régions ne sont pas en reste

Le rapport a dressé une cartographie régionale, provinciale et communale de l’abandon, faisant aussi ressortir un constat très alarmant pour le milieu rural. En effet, «l’analyse du taux d’abandon dans l’enseignement public en 2018, tous cycles confondus, place les régions du Sud, la région de Draa-Tafilalet et celle de Souss-Massa en bas du classement, c’est-à-dire avec les taux d’abandon les plus faibles (de 5,09% à 6,39%)», souligne le rapport. Les régions les plus touchées dans les trois cycles sont, en revanche, Marrakech-Safi, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Béni Mellal-Khénifra, Rabat-Salé-Kénitra et l’Oriental (de 7,42% à 7,86%). En ce qui concerne Casablanca-Settat et Fès-Meknès, elles se positionnent au milieu avec 6,87% et 7,2% respectivement.
Dans le milieu urbain, les régions du Sud gardent pratiquement leur positionnement avec des taux d’abandon faibles. Ce sont plutôt les villes des régions de Béni-Mellal-Khénifra, l’Oriental et Tanger-Tétouan-Al-Hoceima où le phénomène de l’abandon est le plus catastrophique.

Évolution du nombre d’abandons par cycle d’enseignement public
Évolution du nombre d’abandons par cycle d’enseignement public

 

S’il y a un aspect à mettre en valeur dans l’Atlas territorial de l’abandon scolaire, c’est bien le côté méthodologique. La nouvelle approche utilisée pour calculer le taux d’abandon a été menée en même temps qu’un suivi réel et exhaustif de tous les élèves du système scolaire, ce qui a permis, in fine, de calculer des taux d’abandon à des niveaux, estimés «très fins». Cela dit, cette approche n’est pas infaillible dans le sens qu’elle ne «permet pas jusqu’à présent de présenter des taux d’abandon au niveau infra-national». Pour cause, elle ne prend pas en compte la mobilité territoriale, ni la transition entre l’enseignement privé et public. Ce qui pourrait être perçu comme un inconvénient considérable. En tout cas, c’est la première fois qu’une cartographie aussi fine de l’abandon scolaire au Maroc est réalisée, se déclinant même jusqu’au niveau communal et intégrant aussi la mobilité entre les régions, les milieux et les secteurs d’enseignement. Enfin, faut-il rappeler que la base de données Massar a permis d’adopter une nouvelle approche de calcul des indicateurs de l’abandon. En effet, disent les experts du Conseil supérieur de l’éducation, «depuis 2014, et à travers les données Massar, ces nouveaux indicateurs sont calculés avec précision. L’étude des cohortes réelles et exhaustives des élèves du système, possible grâce à Massar, a permis aussi de calculer des taux d’abandon cumulés sur la durée (2014-2018) en évaluant la survenance de l’abandon dans le temps pour une cohorte donnée».