Trop, c’est trop

Après coup de Mr Et-Tayeb Houdaifa.

Un auditeur, manifestement réjoui d’avoir réussi à joindre son animateur favori, confie à ce dernier que cela lui a fait «trop plaisir». Au risque de lui faire gâcher son plaisir, on fera remarquer à cet admirateur que le «trop» est de trop, et s’il tenait absolument à marquer le haut degré de sa sensation, l’intensif «très» aurait suffi. Personne n’ignore que l’adverbe «trop», de par sa valeur d’excès, supporte un implicite, parfois explicité. Comme dans des énoncés tels : l’engagement préélectoral pris par Barack Obama de rétablir la paix en Palestine était trop mirifique pour ne pas s’avérer un simple effet d’annonce ; la poitrine de la richissime et sulfureuse Paris Hilton, très en vue lors de Brésil-Bays Bas à cause de la marijuana qu’elle fumait, se révèle trop parfaite pour être l’œuvre de la nature. Je n’aurais pas si longuement épilogué sur le péché mignon commis par cet auditeur contre la langue, s’il ne révélait pas un trait caractéristique du Marocain: son penchant pour l’hyperbole. Faisant l’éloge d’un film, un journaliste se fend d’une formule grammaticalement contestable, «très excellent». L’amoureux éperdu de la chanson «Habibi taâla» implore son aimée de revenir vers lui, sinon «les étoiles ne poindraient plus» et «la Terre cesserait de tourner» (sic). Pour sûr, la litote n’est pas notre tasse de thé ; la modestie ne fait pas partie de nos vertus, ainsi que l’illustre un obscur écrivain, qui qualifie son unique et premier roman de «chef-d’œuvre». C’est ce qui s’appelle en faire trop.