Mieux vaut un pays fade que sale

Il y a un adage bien de chez nous qui dit que «quand le chat n’atteint pas la viande, il prétend qu’elle est avariée». En lisant la chronique de Hinde Taarji publiée dans La Vie éco du 12 mars, on ne peut s’empêcher d’avoir cette pensée. L’auteur, qui a apparemment passé quelques jours en Suisse, trouve ce beau pays fade à cause d’un excès de propreté, de rigueur, d’ordre, etc. Elle se dit fatiguée à force de contempler des paysages, certes, très beaux, mais qui manquent de vie. Puis, elle fait le parallèle avec nos bidonvilles qu’elle trouve plus humains, malgré la misère qui y règne. Mais je ne pense pas que ceux qui vivent dans cette misère soient du même avis. Je ne pense pas que des enfants qui jouent avec les ordures dans les ruelles misérables des bidonvilles puissent faire oublier à leurs parents les conditions inhumaines dans lesquelles ils vivent, la précarité de leur situation. Au contraire, on ne peut pas s’empêcher d’avoir des inquiétudes par rapport à l’avenir de ces innocents. Quant à l’autre réflexion de Mme Taarji sur l’excès d’ordre en Suisse, par opposition au Maroc où «on peut de temps en temps traverser hors du passage clouté», là encore, c’est le réflexe typiquement marocain : «ALHAMDOULLAH AALA BLADNA». En d’autres termes, nous devrions nous estimer heureux, selon Mme Taarji, parce que, dans notre pays, nous pouvons nous permettre d’enfreindre de temps en temps la loi. Je pense qu’au contraire, il ne faut vraiment pas s’en réjouir.