Maghribi, ou bikhir !

Après coup de Mr Et-Tayeb Houdaifa.

A se fier à la fortune insolente d’exclamation d’aise, «bikhir!», tout va bien madame la marquise en notre pays de cocagne. En serait-il différemment sous un climat où le soleil ne capitule qu’à son corps défendant, où les paysages rivalisent de somptuosité, où les vestiges civilisationnels surabondent et où les femmes sont belles à damner un saint ?… Et que de plaisirs exquis ! Les huitres de Oualidia, Marjane et Souk Jemâa, Daoudi et Daoudia, le Wydad et le Raja, Naciri et Lkhyari, Driss Khoury et Mohamed Tozy… Comblés, nous le sommes. Nous mangeons à notre faim et ne manquons de rien; et s’il s’en trouve qui tendent la main à leurs prochains, c’est seulement, vous rassurera-t-on, qu’ils jouent aux crève-la-faim pour glandouiller à loisir. Bref, nous devons nous sentir non seulement satisfaits, mais heureux. Sans nous faire prier, nous clamons haut et fort notre bonheur. Mieux, comme heureux rime avec généreux, nous accueillons à bras ouverts des cohortes d’errants déboussolés et d’étrangers faméliques, cependant que dans des ailleurs, pourtant épris de liberté, d’égalité et de fraternité, ils sont boutés dehors sans sommation. Nous en étions là, cet été, à nager dans notre bonheur, quand une revue française, «Globeco», vint nous assommer d’un coup de trique… Dans son classement, fondé sur l’indice du bonheur mondial (IBM), nous figurons au 41e rang sur 60 pays, à cause de notre corruption (41e), notre violence (39e), notre sexisme (51e), notre inculture (33e)… «Bikhir!», une illusion têtue.