Vous avez dit Oumma ?

Pourquoi ne pas décréter, pour tout le monde musulman, le commencement du mois sacré une fois que, dans l’un des pays, on aura vu ce fameux croissant ?

Il y a quelques semaines, la filiale marocaine d’une multinationale française s’est retrouvée au centre d’une polémique de taille. Alors que les budgets de l’année 2009 devaient être définitivement bouclés début octobre, le flou entourant la date de l’Aïd El Fitr a obligé le groupe, implanté dans une dizaine de pays, à reporter d’une semaine la consolidation de ses données. Explication, les réunions devant être tenues à Casablanca devaient s’insérer dans un calendrier international très serré…

Pour les Marocains que nous sommes, blasés par la récurrence d’un facteur variable, l’anecdote prête à sourire. Pourtant, et au-delà des effets économiques que l’incertitude produit, c’est la question de la détermination du calendrier hégirien qui pose vraiment problème.

En cette année 1429 de l’Hégire, par exemple, la Libye a ouvert le bal, un jour avant tout le monde, en entamant la période de jeûne le 31 août. Le lendemain, la majorité des autres pays musulmans commençaient le leur avant que, le 2 septembre, le Maroc et, à des milliers de kilomètres, le Pakistan, ne se mettent au carême.

Si seulement, à l’arrivée, ce tiercé était respecté, on en serait quitte pour un décalage définitivement établi. Mais non! Entre ceux qui auront jeûné 29 jours et les moins chanceux qui en auront pris 30 ferme, on se retrouve dans une confusion extrême.

Fixer un rendez-vous avec un homologue le 3 Doul Qiîda ? Encore faut-il que ce ne soit pas un samedi ou un dimanche. Quant à rencontrer quelqu’un d’un autre pays musulman à cette date, c’est carrément impossible.

Le fait est que le calendrier hégirien, repère distinctif des musulmans, s’il est adapté à leur vie religieuse, ne l’est pas à leur vie sociale, ni économique. Pourquoi cette cacophonie ? A l’archaïsme de la pensée, à la conception figée qui veut que l’observation physique du croissant prime sur tout le reste – et que le monde musulman pourrait facilement dépasser -, s’ajoute le facteur géostratégique et politico-religieux. Ainsi, par exemple, la Libye fait cavalier seul pour se démarquer de l’influente Arabie Saoudite ; l’Iran à majorité chîite ne rate pas l’occasion d’afficher sa différence face aux sunnites.

Cela alors que des moyens scientifiques, basés sur le calcul astronomique, permettent avec exactitude de déterminer la formation du plus ténu des croissants de lune. Faisons plus simple.

Puisque la Oumma islamique tient tant à son processus d’observation visuelle, pourquoi ne pas décréter pour tout le monde musulman le commencement du mois sacré une fois que dans l’un des pays les témoins habilités auront vu ce fameux croissant ? Mais alors, comment réagira la Libye si on aperçoit le croissant en Arabie Saoudite ? Et l’Algérie s’il est vu au Maroc ? Et la Syrie s’il apparaît en Irak ? Ou l’Inde si on le voit au Pakistan… Vous avez dit Oumma… ?