Une issue temporelle

Les opérateurs économiques, la communauté des affaires, les investisseurs, le secteur privé, tous attendent avec impatience -et anxiété aussi- le contenu de la Loi de finances rectificative dont les contours devraient être dévoilés dans les jours à venir.

L’ampleur des attentes est compréhensible, compte tenu de la conjoncture inédite et du caractère exceptionnel à tous les niveaux de cette année 2020.
Il faut maintenant espérer que le gouvernement arrivera à faire preuve de courage pour prendre les bons choix et surtout qu’il ne sera pas tenté d’opter pour les solutions de facilité. Certes, la crise est toujours synonyme de récession et de régression. Et en matière de finances publiques elle est synonyme d’austérité et de réduction drastique des dépenses publiques. C’est la réponse apportée le plus souvent, et quasi-mécaniquement, par les gestionnaires des finances publiques quand il s’agit d’affronter les chocs externes. C’est à ce niveau, justement, que le gouvernement devra faire preuve de lucidité, de discernement et d’audace pour oser s’affranchir du carcan de la gestion classique des finances publiques. Car, aujourd’hui, il ne s’agit pas d’une crise de finances publiques, et, du coup, les recettes classiques ne doivent et ne peuvent pas constituer la solution. Ce dont il est question aujourd’hui, c’est de sauver des millions d’emplois et d’en créer davantage si possible, de sauver des entreprises et de maintenir l’écosystème en vie dans un premier temps, puis de le relancer dans un deuxième temps.
Et vouloir appliquer les concepts et principes à la situation d’aujourd’hui pourrait être synonyme d’arrêt de mort pour l’économie.
Le déficit budgétaire dans la conjoncture actuelle n’a plus aucun sens. Si l’Etat veut à travers les finances publiques accompagner le secteur privé et l’économie pour repartir, il n’a d’autres choix que de creuser le déficit, les recettes étant limitées. Même la croissance au sens classique du terme ne veut plus rien dire. Réaliser une croissance faible, voire ne pas en faire du tout, mais créer des emplois est bien plus utile aujourd’hui que de vouloir s’accrocher à ce qui pourrait être un simple taux sur du papier.
Parfois de grandes révolutions sont le fruit du hasard ou d’accidents de parcours. Cette Loi de finances rectificative, aussi exceptionnelle qu’elle semble être, pourrait bien constituer une occasion unique pour les responsables et gestionnaires des finances et politiques publiques de dépasser leurs peurs et d’enclencher un changement de paradigmes qu’ils auraient été incapables d’initier il y a tout juste quelques mois. Mais cette issue temporelle idéale ne restera pas indéfiniment ouverte…