Suspicions…

Durant les 15 dernières années, les investissements directs étrangers ont été un des moteurs principaux de notre économie. Et si le Maroc a pu gagner et renforcer la confiance des investisseurs c’est grâce à l’amélioration nette du climat des affaires. Or, ce climat des affaires est éminemment sensible aux turbulences parfois plus psychologiques que réelles qui peuvent entamer la confiance des opérateurs. Le cas de l’affaire CGI illustre parfaitement une telle situation.
Quand, en aparté, on pose des questions à quelques hauts commis de l’Etat, y compris au sein du gouvernement, au sujet du dossier de la CGI et de la CDG, tous, sans exception, bottent en touche. L’affaire étant aujourd’hui entre les mains de la justice, ils invoquent le devoir de réserve qui s’impose en pareilles circonstances pour, disent-ils, ne pas influencer le cours de l’instruction. Cela peut se comprendre. Mais le fait est que la procédure judiciaire actuelle touche des irrégularités bien précises sur des dossiers et projets précis. Elle a été déclenchée, à juste titre d’ailleurs, sur instructions royales car il est inacceptable qu’on ne mette pas fin à des abus dont ont pu faire l’objet des citoyens marocains, y compris des MRE, de la part d’un grand opérateur. Des abus que l’on ne peut pas laisser impunis, a fortiori quand il s’agit d’une entreprise censée donner l’exemple et tirer vers le haut en contribuant à professionnaliser le secteur de l’immobilier. La CGI se trouve être en plus un porte-drapeau du Maroc, particulièrement en Afrique. Il est clair que tout dérapage nuit à l’image du pays.
L’intelligence avec laquelle les hauts responsables, toutes catégories confondues, esquivent le sujet de la CDG n’est en fait qu’un symptôme de la frilosité générale sur le sujet au point peut-être d’affaiblir dangereusement la position d’une des locomotives principales de notre économie. L’instruction judiciaire du dossier CGI n’empêche nullement l’Etat, la tutelle, de clarifier la situation au lieu de laisser libre cours aux bruits et aux rumeurs du marché. Bien au contraire, la CDG étant aujourd’hui elle aussi le chef de file par excellence de la dynamique et de la métamorphose que connaît notre pays, il est du devoir des responsables de faire en sorte que les marchés internationaux ne soient pas pollués par de l’intox. Le silence risque d’être un mauvais signal au moment où les partenaires et investisseurs étrangers sont de plus en plus attentifs au climat des affaires dans notre pays et à des fondamentaux tels que la primauté du droit, l’impartialité de la justice, la protection de l’investissement, la transparence des procédures…
La justice doit suivre son cours et le droit s’appliquer à tous. Mais les responsables doivent aussi assumer leur devoir de clarification et de transparence pour que ne règne pas une ambiance générale de suspicion qui pourrait tétaniser la communauté des affaires et, au final, nuire à toute l’économie.