Somnolence ambiante

Des bureaux et des administrations publiques déserts durant les heures d’ouvertures, des agents et fonctionnaires introuvables, des standardistes qui ne répondent pas aux appels…

Ramadan est un mois blanc sur le plan économique. Et pour la première fois, cette année, on tient un début de mesure de l’effet du jeûne sur notre économie. Selon les statisticiens du Haut commissariat au plan, rien que dans le secteur touristique, ce sont près de 160 000 nuitées que perdent les hôtels durant le mois sacré. On peut comprendre aisément que jeûne ne rime pas bien avec plage, piscine, bronzage et compagnie. En revanche, Ramadan peut bien rimer avec vacances…mais déguisées. Des bureaux et des administrations publiques déserts durant les heures d’ouvertures, des agents et fonctionnaires introuvables, des standardistes qui ne répondent pas aux appels… En pleine rue, les manifestations du jeûne sont palpables : combien de fois on peut voir des employés municipaux somnolant à l’ombre d’un arbre en pleine voie publique à un moment où ils sont censés travailler. Dans le secteur privé probablement, la situation n’est guère meilleure. Il faut qu’un jour nos statisticiens nous disent combien de points de PIB pèse Ramadan.

La seule consolation, tout de même, c’est que cette année, le creux du Ramadan ne risque pas de trop contraster avec les autres mois en termes d’activité et de dynamisme de l’économie. C’est manifeste : depuis quelques mois l’économie tourne au ralenti. La communauté des affaires est en état d’attente d’un démarrage qui tarde à venir. Dans beaucoup d’administrations et non des moindres, l’heure est à l’expédition des affaires courantes sans plus. Les fonctionnaires, les décideurs ne prennent même plus de risques inutiles et ne cherchent plus à faire preuve d’inventivité et de créativité pour améliorer le quotidien des administrés y compris les entreprises. Beaucoup se contentent d’assurer le service minimum. Certes, sur le terrain, il est encore heureux que les entreprises continuent de fonctionner tous les jours, de produire, de vendre, de payer des salaires… ce sont là les fonctions vitales. L’écosystème est en quelque sorte entré en mode «survie» au lieu d’être, comme il l’a été ces dernières années, en mode «croissance accélérée». Même si, il est vrai, les résultats n’ont pas toujours été à la hauteur des prévisions, il n’empêche que le plus important était d’enclencher le mouvement dans la bonne direction et de l’accélérer au fur et à mesure. C’est toujours mieux que de tourner en rond sans avoir un cap et de faire du surplace…

Oui, depuis la nouvelle Constitution, une telle phase de transition était nécessaire pour la mettre en application. Une phase qu’on savait à l’avance éminemment politique. Mais nos politiciens, y compris ceux qui arrivent au gouvernement par la voie des urnes, finiront bien par comprendre qu’ils sont là grâce à la politique, certes, mais pour être au service de l’économie et du social et pas le contraire.