Schizophrénie générale

Le drame de l’école au Maroc va bien au-delà  de sa triste contribution à  produire des diplômés en déphasage avec le marché de l’emploi, des besoins de l’entreprise, et à  en faire donc des ressources inexploitées.

L’école au sens large est censée être le passage obligé des générations futures qui devront prendre la relève. Et c’est donc à l’école que se forgent, en plus des vocations personnelles et des talents, l’identité collective et les valeurs partagées par la société.

C’est à l’école que l’on construit ou on consolide un projet de société pour garantir sa durabilité. Quand elle est performante et en phase avec une vision longue, c’est à l’école aussi que l’on opère les mutations «génétiques» profondes qui permettent de préparer la société aux défis qui l’attendent dans des horizons de 20 à 30 ans.

Et c’est bien parce que depuis des décennies notre école et notre université ont failli à cette mission première et fondamentale que l’on se retrouve aujourd’hui dans une situation de «schizophrénie» quasi générale caractérisée par un décalage patent et collectif entre les beaux discours et les actes.

Paradoxalement, au moment où à tout bout de champ, printemps arabe aidant, les Marocains vous parlent de liberté d’expression et d’ouverture d’esprit, le dialogue chez nous, y compris parmi ceux qui se prétendent comme étant les élites, se résume à exclure voire exterminer tout avis contraire au sien.

Mais notre école ne forme pas que des exterminateurs d’opinion. Un jeune diplômé correctement formé et avec un minimum de bon sens, par exemple, ne pourra jamais être convaincu par un politicien ou un syndicaliste que la meilleure manière de défendre sa cause est d’exiger un poste de fonctionnaire. Récemment, on a vu par exemple à Safi comment un groupe de jeunes diplômés chômeurs, après avoir fait de longs sit-in devant la préfecture pour réclamer des postes, se sont finalement rabattus sur une grande entreprise publique qui se trouve être le plus gros employeur de la région à qui ils réclament d’être intégrés comme des salariés. Mais dans la foulée, ces jeunes brandissent aussi des slogans accusant cette même entreprise d’être à l’origine de dégâts environnementaux de la ville. Cherchez le lien… Evidemment, cela sent la récupération politique à des kilomètres.

La faillite de l’école constitue de loin la menace la plus sérieuse pour le pays dans les années et décennies à venir car les esprits déstructurés et irrationnels qu’elle forme constitueront toujours une proie facile pour la récupération politique et surtout pour l’extrémisme de tous genres.