Retour d’expérience

Depuis le début de la pandémie et l’instauration de l’état d’urgence sanitaire, au mois de mars, des dispositifs ont été déployés pour faire face aux répercussions économiques et sociales de l’arrêt de l’activité dans plusieurs secteurs, dictés par les impératifs d’ordre sanitaire.

 

Et au-delà de leur pertinence et utilité incontestables, le déploiement de ces dispositifs d’urgence a constitué surtout une sorte de répétition en grandeur nature et une occasion idéale pour expérimenter un système d’aides directes aux personnes qui fait l’objet depuis tellement longtemps de réflexions, de débats hésitants.

Le premier point de discorde au sujet duquel les politiques et décideurs tergiversaient, à savoir les populations ciblées, a été quasiment solutionné grâce à la crise Covid-19. Aujourd’hui, personne ne peut nier que les pouvoirs publics disposent d’une cartographie extrêmement précise, d’un niveau presque chirurgical, des personnes et des ménages à cibler pour les aides. Si, depuis quelques années déjà, les cartes Ramed ont permis de cerner une partie non négligeable des ménages nécessiteux, une autre couche très importante vient d’être rajoutée, à savoir les travailleurs de l’informel.

Aujourd’hui, à travers les plateformes digitales qui ont permis au Comité de veille d’organiser les aides, les pouvoirs publics ont identifié précisément ces millions de travailleurs un par un, et les ont même localisés géographiquement à l’échelle des quartiers.
Pour rappel, la dernière carte de la pauvreté dont disposait le Maroc s’était limitée à l’échelle communale.

Le deuxième sujet de discorde qui a souvent divisé les analystes et les politiques, en matière d’aides directes, résidait dans la forme et la nature que devraient prendre ces aides, certains préconisant des aides en argent comptant, tandis que d’autres les déconseillent en prônant des aides indirectes sous forme de réductions sur des factures ou de subventions.

L’expérience de la période Covid vient d’apporter des éléments de réponse intéressants et a démontré que les ménages les plus démunis sont presque exclusivement sensibles à des aides financières directes. Le troisième et dernier volet au sujet duquel les avis étaient également partagés concerne les canaux via lesquels les aides devraient être acheminées. Au moment où certains soutiennent que le seul canal à même de sécuriser le système des aides n’est autre que le canal physique, c’est-à dire des points de services financiers et des agences, d’autres croient dans les possibilités que peuvent offrir les nouvelles technologies, notamment en matière d’outils digitaux, comme le paiement mobile via les smartphones.

L’expérience de l’épisode Covid-19 a démontré, là aussi, que le canal physique est encore inévitable mais que les nouvelles technologies peuvent être d’un apport précieux et présenter les mêmes gages de sécurité.

Mais en attendant que les décideurs publics fassent une compilation intéressante et instructive de tout cela, une chose est sûre : Ils disposent aujourd’hui d’un retour d’expérience et d’un recueil de pratiques qui montrent exactement ce qu’il faut faire et comment. C’est une chance inespérée offerte par la période de la pandémie…