Retour aux sources

Quand la nouvelle stratégie agricole a annoncé d’entrée de jeu la centralité de l’élément humain, à commencer par son appellation «Al Jayl Al Akhdar», qui renvoie à la notion de génération qui est un concept éminemment humain, ce n’est là, en fait, qu’une consécration des fondamentaux de base.

Humaniser l’agriculture, et l’économie de manière générale, est un retour aux sources dont a grandement besoin aujourd’hui la société planétaire. Car, depuis la fin du siècle dernier, l’économie mondiale s’est sauvagement financiarisée et dangereusement digitalisée. L’être humain qui était pourtant depuis la nuit des temps le premier acteur et le dernier bénéficiaire du développement s’est vu progressivement marginalisé au profit des bulles spéculatives mondiales, des nébuleuses économiques et financières aux ramifications internationales, de groupements d’opérateurs transnationaux puissants, le tout baignant dans un univers dominé par le virtuel.

Les décisions, actions, orientations qui conditionnent la vie quotidienne de milliards d’êtres humains sont de plus en plus «gouvernées» par des algorithmes, les économies faites et défaites dans des salles de marchés pilotées par des mégalogiciels dont on ne sait plus qui tient les commandes.

Or la pérennité d’un modèle, quel qu’il soit, réside d’abord dans sa consistance humaine en amont comme en aval : un modèle qui trouve son origine dans des activités et des besoins réellement humains et qui, en fin de boucle, doit avoir des output physiques, palpables pour l’être humain.

Entre ces deux étapes cruciales, c’est seulement une question de moyens. Les nouveaux facteurs de production comme la technologie, le numérique, le digital, ou les classiques, tels l’énergie, la terre et même le capital ne sont que des moyens mis au service d’une vision qui, elle, est bien humaine.

Les nouvelles technologies et le digital peuvent aider un agriculteur à améliorer ses conditions de travail et ses rendements. Mais ils ne feront jamais tout le travail à sa place. Ce n’est pas un algorithme sur une machine, un robot ou une intelligence artificielle qui rempliront les assiettes, planteront un arbre ou travailleront la terre mais bel et bien une femme ou un homme en chair et en os.

Le Maroc n’est pas isolé du monde. Qu’il le veuille ou non, de par sa connexion aux économies du globe, il subit lui aussi cette vague mondiale de déshumanisation.

Mais cela n’empêche en rien la possibilité, voire la nécessité de replacer à chaque fois l’élément humain au centre du système. Déjà, le choix de faire de l’agriculture une activité humaine par excellence, le secteur clé de l’économie du pays est en soi une orientation saine et garante de la durabilité.