Rétablir la confiance

Le gouvernement a manqué d’anticipation face à  des problèmes latents, il tergiverse trop sur des dossiers délicats et il a fait quelques erreurs d’appréciation. Il faut vite rectifier le tir.

Depuis quelques semaines, un malaise diffus s’installe au sein des milieux d’affaires. Sans aller jusqu’à  parler d’alarmisme, beaucoup d’entre eux, interrogés par La Vie éco, parlent de situation économique préoccupante et d’attentisme. Deux sources d’inquiétude sont identifiées : les problèmes que connaissent nombre de secteurs industriels et la situation du budget de l’Etat.
Il y a d’abord le prix du carburant. Y aura-t-il oui ou non augmentation ? Tout le monde le sait, et la presse l’a relevé maintes fois, le déficit de la Caisse de compensation devient insoutenable. Jusqu’ici, les opérateurs pétroliers ont partagé avec cette dernière le fardeau en acceptant l’allongement de leurs délais de paiement, mais jusqu’o๠vont-ils jouer le jeu et accepter un assèchement de la trésorerie ? Le gouvernement garde depuis deux mois un silence embarrassé. Bien sûr, la décision est politique, mais on ne peut se cacher derrière le paravent de la politique pour justifier l’incertitude économique. Il faut donner un signal clair aux entreprises.
Il y a aussi la pression de la concurrence internationale. Une bonne partie du secteur industriel souffre de l’érosion de ses parts de marché aussi bien sur le plan local qu’en matière d’exportation. Plasturgie, céramique, électroménager, métallurgie, biscuiterieÂ… sont, à  des degrés divers, affectés. Bien entendu, la responsabilité des concernés en premier lieu est largement engagée et prouvée mais, aujourd’hui, ce débat est dépassé. Quid de la suite ? Non seulement nous sommes de moins en moins compétitifs sur les marchés internationaux mais également sur nos propres marchés. La libéralisation au pas de charge de l’économie, dont les multiples accords de libre-échange sont l’illustration, le poids des coûts des facteurs de production, notamment l’énergie, et la flambée des coûts de certaines matières premières ont semé le désarroi. Les opérateurs estiment légitimement qu’ils ne se battent pas à  armes égales avec la concurrence et demandent des mesures, appréhendant la suite. D’ici la fin de l’année, l’accord de libre-échange avec les Etats-Unis, celui conclu avec la Turquie ainsi que ceux signés avec l’Egypte, la Jordanie et la Tunisie entreront en vigueur. Quel accompagnement, quel soutien? Quid de la dévaluation (la pire des solutions !) et de la baisse des coûts des facteurs ?
Mais, là  encore, on attend. O๠en est le projet de baisse de l’électricité industrielle ? Les clauses de protection de l’OMC sont-elles mises à  contribution comme il se doit ? Et les normes d’étiquetage et de règle d’origine ? Le consommateur est, certes, le bénéficiaire de tout ce chambardement, mais il y a aussi des industries qui souffrent.
Il y a ensuite le Smig et la réduction du temps de travail qui pourrissent le climat social. Le premier ministre parle de 9,66 DH/h, les syndicats, Code du travail à  l’appui, parlent de 10,54 DH, les patrons demandent, conjoncture oblige, de surseoir à  la deuxième tranche de l’augmentation et personne n’a de réponse à  la question de savoir si, à  l’origine, il s’agissait de travailler moins tout en percevant le même salaire. On se retrouve forcément avec des aberrations. Il faut nécessairement trancher en amendant les textes. En attendant, le temps passe et cette déclaration d’un chef d’entreprise faite à  La Vie éco prend tout son sens : «Le Maroc s’est doté d’un cadre légal très exigeant, digne des pays développés. Mais, en matière de fonctionnement, il est resté sous-développé».
Comme si tout cela ne suffisait pas, la campagne agricole est mauvaise. En dehors de l’impact psychologique, les effets induits commencent à  se faire sentir et la consommation devrait s’afficher à  la baisse, réduisant encore la marge de manÅ“uvre de ceux qui produisent pour le marché local.
Tous ces problèmes, mis bout à  bout, installent l’inquiétude et, pour une fois, il faut donner raison aux opérateurs économiques quand ils parlent de manque de visibilité. Certes, des secteurs, comme le tourisme, le BTP, l’agroalimentaire, ou encore l’immobilier arrivent à  tirer leur épingle du jeu, mais l’interdépendance sectorielle aura nécessairement un impact sur leurs réalisations.
Il y a une réelle inquiétude et l’Etat doit donner des signaux clairs, prendre des décisions, même douloureuses, et surtout agir rapidement pour redonner confiance aux opérateurs économiques. Surtout que les indicateurs macroéconomiques, eux, ne sont pas non plus rassurants. Le taux de croissance s’affiche à  moins de 2%, le taux de couverture des importations est descendu à  55% et les équations de financement budgétaires souffrent de multiples inconnues qui font craindre un ralentissement de l’investissement public pour parer aux urgences. Le gouvernement a manqué d’anticipation face à  des problèmes latents, il tergiverse trop sur des dossiers délicats et il a fait quelques erreurs d’appréciation. Cela arrive, mais il faut vite rectifier le tir, la confiance se barre .