Résilience résiliée

Si l’économie marocaine affiche cette résilience tant mise en avant, c’est grà¢ce à  une campagne agricole aussi exceptionnelle que conjoncturelle.
Il n’y a aucune honte à  reconnaître que les autres secteurs sont en crise.

Résilience ! Il a suffi que le taux de chômage, à l’issue du premier semestre, descende à 8% pour que le Maroc officiel ressorte encore une fois ce mot magique, mis en exergue par les responsables depuis l’automne dernier à chaque fois qu’il s’est agi de parler de la santé de l’économie. Le mot d’ordre : il n’y a pas de crise, il y a des petits soucis sectoriels, mais sans gravité. A croire qu’au moment où le monde souffre, doute et repousse sans cesse l’échéance du redémarrage de sa machine économique, le Maroc reste cet îlot de prospérité économique que rien n’affecte.
Cette attitude à l’autosatisfaction est pour le moins bizarre. Au cours du premier trimestre, et n’en déplaise à leur béatitude, le chiffre officiel de la croissance, hors agriculture, s’est élevé à 0,6%, soit pratiquement un taux de croissance nul. Même le BTP qui a constitué pendant cinq ans l’un des moteurs de l’économie, s’est grippé pour afficher une baisse. Tourisme, industrie, exportations… la plupart des activités sont en baisse et dans le meilleur des cas enregistreront une hausse très limitée à l’issue du deuxième trimestre. Seule l’agriculture, grâce à une année exceptionnelle, arrive à compenser le reste.
Le même raisonnement peut être développé pour le chômage. Au cours du deuxième trimestre,  232 000 emplois nets ont été créés mais 84,5% des postes créés sont le fait de l’agriculture. Le textile a perdu 24 000 emplois, le «transport et communication» 25 000 et d’autres industries 9 000. La baisse du taux de chômage est donc imputable à l’agriculture.
Or, le Plan Maroc vert n’ayant pas encore eu le temps de donner ses fruits, cette bonne santé globale de l’économie est d’ordre conjoncturel. Au cours de la dernière décade, le Maroc a connu six années de sécheresse et si, n’en déplaise à Dieu, les pluies ne sont pas au rendez-vous, au cours de la saison prochaine, l’économie marocaine, à moins d’un mieux mondial, risque de boire la tasse. Et la résilience ? Elle sera, disons, résiliée.
Baisse de croissance, chômage, déséquilibres commerciaux, tension sur les finances de l’Etat…, de sérieuses menaces planent sur l’économie marocaine et il serait tout bonnement temps de le reconnaître. Il n’y a aucune honte à reconnaître que nous sommes affectés par une crise sérieuse, due à la fois à des facteurs exogènes (baisse des exportations) et des éléments endogènes (fin de cycles, stratégie à revoir…).