Refondation durable

Après chaque crise, quelle qu’en soit la nature, il y a une phase de refondation qui peut éventuellement durer plus longtemps.

Passées l’étape de traitement des urgences, de sauvetage de ce qui peut l’être, puis celle de la sortie de crise vers un retour à la normale, généralement dans des horizons temporels courts, la phase de refondation, elle, peut s’étaler sur plusieurs années. Car elle consistera en une révision en profondeur des modes de fonctionnement, en s’inspirant des enseignements de la période de crise. Le monde entier, l’espèce humaine sera confrontée à cette nécessité de changer en profondeur indépendamment des pays, des sociétés, des cultures… Le Maroc y arrivera dans quelques mois. Et les choix qui seront pris porteront inévitablement les séquelles laissées par le Covid-19. Sur le plan social et des
secteurs vitaux pour la population, rien ne pourra être comme avant. Il est vrai que notre système de santé, malgré toutes ses imperfections, fait globalement une prestation plus que respectable, voire un exploit. Mais tous les prospectivistes disent que dans les décennies à venir, à la faveur de l’irresponsabilité humaine entre autres, les crises risquent d’être plus répétitives et plus fréquentes. Aussi combatif qu’il puisse être, à force de chocs récurrents, notre système de santé en serait affaibli. Il est donc impératif qu’il soit dès aujourd’hui renforcé, musclé, préparé aux chocs futurs qui pourraient être encore plus violents. Les réponses apportées dans l’urgence à la détresse de certaines catégories de la population, nombreuses, ont permis pour l’instant d’amortir le choc. Cette pandémie est l’occasion idéale pour mettre en place
des dispositifs et des filets sociaux durables, pour protéger les plus vulnérables de manière systématique et pas seulement à l’avènement des chocs. Sur le plan économique, le travail de refondation des années et décennies à venir passera inévitablement par des questionnements profonds sur la vision de l’Etat, la conception et la mission des finances publiques, la nature et le profil des opérateurs économiques et des entreprises que nous voulons, les modes de consommation, les priorités en termes de besoins et la hiérarchisation des secteurs à renforcer… Il est fort probable que la taskforce qui travaille sur le modèle de développement prendra en considération tout ce qui vient de se produire, pour construire son nouveau référentiel. Il faut l’espérer en tout cas…