Redessine-moi un parti…

Le scrutin du 7 octobre recèle beaucoup d’enseignements qui dépassent les considérations strictement partisanes et qui concernent le devenir même des institutions du Maroc, dont trois méritent particulièrement que l’on s’y arrête.

Le premier est que dans le Maroc de 2016, il est définitivement acté que les composantes du pays sont parfaitement unanimes que le choix de la démocratie est irréversible et qu’elle fait désormais figure de seule doctrine et voie possibles et viables pour construire des institutions fortes à même de garantir un Maroc pérenne que nous léguerons aux générations futures. On ne s’en rend peut-être pas compte, mais c’est là un des virages les plus décisifs de l’histoire que notre pays doit négocier. Cela nous a pris près de 15 ans. Comme l’a souvent rappelé le Souverain dans plusieurs de ses discours, l’ancrage d’une vraie doctrine démocratique ne se décrète pas du jour au lendemain. Mais autant cet ancrage est en passe de se consolider parmi la classe politique et l’élite, et c’est là le deuxième grand enseignement du 7 octobre, autant il est aujourd’hui urgent pour cette construction démocratique très prometteuse que le citoyen lambda soit davantage associé à l’édifice. Le taux de participation est là pour montrer une fois de plus qu’il y a un décalage qu’il faut absolument corriger. Contrairement à ce que pourraient penser ou dire certains, le Marocain lambda n’est pas fâché avec la politique et plus particulièrement les jeunes. Il suffit pour s’en convaincre de faire un petit tour sur les réseaux sociaux qui foisonnent de forums, d’échanges et de commentaires où jeunes et moins jeunes font preuve d’une culture politique à ne pas sous-estimer. Les Marocains ont peut-être plus un problème non pas avec la politique mais avec l’acte de voter lui-même. Sur les 9 millions de Marocaines et de Marocains qui n’ont pas voté, beaucoup ne sont pas partis aux urnes, croyant qu’ils ne peuvent pas jeter un bulletin du moment qu’ils n’ont pas de préférence pour un parti ou un autre parce que aucun d’entre eux ne les a convaincus. Beaucoup ne savent pas qu’il existe une notion qui s’appelle le vote blanc. Beaucoup ne savent pas qu’il y a une grande différence entre ne pas aller voter et aller voter sans donner sa voix à personne. C’est là une grande incompréhension qui interpelle toute la classe politique, majorité comme opposition, partisane ou non. S’il y a un aspect qu’il faudra travailler sérieusement sur les cinq années à venir, d’ici les élections de 2021, ce serait bien celui-là.

Enfin, le scrutin du 7 octobre, et c’est là le troisième et dernier enseignement, a donné lieu à une situation inédite. Les deux premiers partis, indépendamment du fait qu’ils soient diamétralement opposés et à tous les plans, ont néanmoins un point commun : leur entrée en scène sur l’échiquier est relativement récente en comparaison avec les partis dits historiques. Si deux partis «jeunes» ont raflé la mise, c’est la preuve que leur offre est plus adéquate avec la demande politique actuelle. C’est la preuve aussi que les partis dits historiques doivent d’urgence se régénérer, se réinventer s’ils ne veulent pas disparaître totalement du paysage…