Nous sommes tous concernés

Maintenir ou supprimer la peine de mort ? La question doit être soumise
à un référendum et pas seulement faire l’objet de discussions
entre Etat et organisations de droits de l’Homme.

Faut-il oui ou non abolir la peine de mort au Maroc ? Concernant ce châtiment suprême, qui donne à un Etat le droit de priver un être humain de ce qui est le plus sacré, sa vie, les opinions divergent. Posez la question autour de vous: «Pour ou contre la peine de mort ?» Des oui, des non et des indécis. Posez la question autrement : «Seriez-vous pour la peine de mort contre celui qui assassine crapuleusement un enfant, votre enfant ?» Là, la proportion des pour augmente. Même réaction lorsque l’on évoque les cas de pédophilie.
Depuis 1993 et la funeste affaire Tabit, le Maroc n’a procédé à aucune exécution. Aujourd’hui, 150 personnes sont dans le couloir de la mort et, pour plusieurs d’entre elles, qui attendent la grâce ou le couperet, l’incertitude est le pire des châtiments. Aujourd’hui, la société civile se mobilise sur le sujet et la télévision lui consacre un débat.
Pour ou contre ? Les organisations des droits de l’Homme se prévalent de concepts universels, à savoir que la philosophie de la loi n’est pas la vengeance, que la peine de mort n’a jamais abouti à une baisse des statistiques de la criminalité et que l’exécution bannit de facto tout recours en cas d’erreur judiciaire.
Mais encore.Quels arguments opposer à une personne dont un proche parent a été assassiné de manière préméditée et lorsque les preuves les plus accablantes existent ?
A notre avis, le problème dépasse les simples considérations d’évolution des droits de l’Homme. Il ne faut pas oublier que la peine de mort tire également sa légitimité de la religion et que la même loi n’est pas transposable d’une culture à l’autre. Elle doit être en phase avec la société.
C’est pour cela que le débat sur la peine de mort, et toute décision qui pourrait en découler, ne doit pas être seulement l’affaire de l’Etat et des organisations des droits de l’Homme. C’est là, pour une nation, un choix déterminant et ce choix devrait se faire par référendum.
Par ailleurs, au cas où la peine de mort serait maintenue, il convient de dépoussiérer la législation actuelle qui comporte près de 2 000 crimes passibles de cette peine, dont certains relèvent de l’aberration. Par exemple, le fait de provoquer volontairement un incendie peut être sanctionné, dans le cas extrême, par la peine de mort.
Enfin, il serait plus logique de confier la décision de condamner ou non à mort un accusé à un jury populaire, plutôt qu’à un juge. Ainsi, c’est la collectivité, et non l’Etat, qui assumerait la lourde responsabilité d’ôter la vie à un homme, ou déciderait de payer de ses propres deniers les charges relatives à son emprisonnement.