Ne laissez aucune voix se perdre

Un taux de participation bas signifierait l’échec de tous et rendrait les réformes entreprises stériles, car appliquées par des responsables élus par une minorité.

Combien de Marocains parmi ceux inscrits sur les listes électorales vont voter le 25 novembre ? La question préoccupe. A entendre les bruits de la rue, beaucoup de jeunes n’ont pas l’intention de voter, soit par indifférence, soit parce qu’ils affirment ne pas avoir senti de grande différence avec les élections de 2007.  A écouter les partis qui ont déjà tâté le terrain et entamé des rencontres pré-électorales, la mobilisation est plus forte qu’il y a quatre ans. Entre les deux appréciations, les nuances de gris sont infinies…

Et pourtant, au delà de la couleur politique ou des alliances du futur gouvernement, c’est la participation au vote qui donnera réellement de la crédibilité à toute l’action entamée par l’Etat, depuis le discours royal du 9 mars, point de départ d’un train de réformes politiques. En 2007, ce sont seulement 6,3 millions d’électeurs sur 17 millions qui s’étaient exprimés, soit un taux de participation de 37%, le plus bas que le Maroc ait connu. Il était de 82% en 1977, de 67,4% en 1984, de 63,75% en 1993 pour descendre à 58,3% en 1997, ensuite 52% lors des législatives de 2002.

Cette tendance lourde qui traduit une baisse de l’intérêt des citoyens pour la politique ne fait pas du Maroc une exception. Dans plusieurs pays du monde, le taux de participation au vote s’est inscrit en baisse au cours des trente dernières années. De là à considérer qu’un 37% est un taux normal…

Les élections du 25 novembre prochain seront le vrai tournant d’un processus entamé il y a six mois. Elles signent la mise en place d’une nouvelle architecture institutionnelle pour le Maroc. Un schéma dans lequel le parapluie royal ne sera pas systématiquement déployé pour se couvrir contre les averses de la non-responsabilité. Les mandats de députation et de représentation exécutive qui seront donnés par les citoyens impliquent une reddition des comptes comme contrepartie à des pouvoirs plus larges.

Dans ces conditions, il faut absolument que les résultats des urnes reflètent l’avis du plus grand nombre. Et pour cela il n’y a pas de miracle à attendre. Il est consternant que l’Etat qui a fait montre d’une mobilisation sans précédent,  lors du référendum sur la Constitution -allant jusqu’à se laisser entraîner dans une dérive propagandiste- ne mobilise pas ses énormes moyens pour encourager au vote. De même, les partis qui sont déjà entrés en campagne électorale doivent parallèlement multiplier les rencontres de proximité pour inciter à la participation. Car, un taux bas signifierait l’échec de tous et, surtout, rendrait les réformes entreprises stériles, car appliquées par des responsables élus par une minorité.