Mauvais génie

Actualité oblige, cette semaine c’est le baccalauréat qui défraie la chronique. Et, depuis quelques années malheureusement, quand on parle du bac on pense automatiquement à  la triche.

Cela fait des années que le ministère de l’éducation, avec l’aide d’autres départements et responsables, tente de lutter contre la fraude au baccalauréat. Et chaque année, à la veille des épreuves, on nous promet que cette fois-ci tous les moyens sont mis en place pour éradiquer le fléau. Et chaque année, dès le premier jour, les premières heures d’examen, on se retrouve avec les énoncés et les corrigés qui circulent à large échelle sur les réseaux sociaux. Cette année n’a pas dérogé à la règle. Le ministère a disposé cinq surveillants dans chaque classe, mis en place un dispositif de fouille pour confisquer les téléphones et autres gadgets électroniques et même utilisé des appareils pour brouiller les réseaux de mobile. Rien n’y fait. Les fraudeurs ont du mauvais génie.

Après toutes ces années et malgré l’inefficacité avérée des dispositifs mis en place, il est étonnant de voir que nos responsables s’entêtent encore à vouloir juste faire de la lutte exclusivement curative et répressive.
D’abord, un dispositif de lutte ne peut être efficace que s’il s’attaque au mal à la racine. Il est aussi inquiétant qu’après toutes ces années aucun responsable ne se soit posé la question de savoir si la triche et la fraude ne sont finalement que des symptômes parmi d’autres de la faillite de notre système éducatif, y compris la conception que nous avons actuellement de la notion d’évaluation.

Dans d’autres pays et d’autres systèmes, il n’est pas demandé à l’élève de restituer littéralement et bêtement des textes, des définitions, des démonstrations ou des leçons. Lors des épreuves, il est même permis, voire recommandé, aux candidats d’apporter avec eux leurs manuels et tout ce qui peut les aider car, au final, on ne leur demande pas d’apprendre et de restituer mais de savoir utiliser intelligemment les connaissances acquises pour résoudre des problèmes. La conception marocaine de la notion d’évaluation et de l’examen est dans le prolongement naturel de toute la conception de l’enseignement depuis les premières classes du primaire jusqu’au bac, voire dans le supérieur.

Une conception basée sur le bourrage, la course aux notes sans aucune place à l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et au développement de ses vocations et de son génie. Pourtant, nos jeunes ont bien du génie. Et il est dommage qu’on continue encore à les pousser à utiliser leurs talents dans la triche…