Loi de la nature

• Nous y sommes. Le déconfinement est effectivement enclenché et la vie revient progressivement dans les artères des villes, les lieux publics, les marchés, les entreprises, les usines…

Pour plus de 20 millions de Marocaines et de Marocains, ceux de la zone 1, et à compter du jeudi 11 juin, les déplacements à l’intérieur du périmètre de la province ou de la préfecture de résidence ne seront plus soumis à l’autorisation exceptionnelle instaurée en mars dernier au début de l’état d’urgence et du confinement. A l’intérieur de la même région, les déplacements seront possibles sur simple présentation de la carte d’identité. C’est déjà là une grande différence. Des activités qui étaient interdites pourront reprendre normalement, dans le respect bien entendu des mesures de prévention, comme les salons de coiffure, les activités sportives en plein air, le transport public. Des millions d’enfants pourront enfin sortir jouer dans les parcs. Les familles pourront se réunir à nouveau et s’échanger les visites. Tout cela n’était pas possible il y a tout juste 48 heures. Evidemment, dans la zone 2, il y a encore 13 millions de citoyens qui sont encore assujettis à des mesures un peu différentes avec, toutefois, des assouplissements. Ils peuvent paraître trop légers, certes. Mais le fait est qu’il y a indéniablement une évolution d’un état à l’autre.
Dans tous les cas, cette évolution ne pouvait et ne pourra être que progressive. Dans quelques semaines, il y aura certainement d’autres évolutions en fonction de ce que permettra la situation sanitaire. Et contrairement à ce que l’on peut penser, l’évolution de la situation épidémiologique n’est pas prévisible, même si durant plusieurs jours de suite une tendance baissière est observée.
On vient d’en avoir des preuves à la pelle depuis quelques jours quand le nombre de cas est brusquement reparti à la hausse après une longue période de décroissance.
Il suffit d’un léger relâchement de quelques individus irresponsables pour que l’on recommence à voir des bilans inquiétants de 80, 100, voire 150 cas par jour. Un déconfinement trop rapide pourrait facilement produire une nouvelle vague qui pourrait déboucher sur une situation chaotique. Quand bien même la capacité en lits de réanimation serait aujourd’hui presque inutilisée, les 1600 unités pourraient scientifiquement être complètement submergées en l’espace de 48 heures.
A cela, enfin, il faut ajouter un paramètre crucial qui rend difficile, voire non pertinente toute comparaison entre le Maroc et d’autres pays en matière de déconfinement : le mode de vie et les habitudes. Imaginons ce qui se passerait si les pouvoirs publics autorisaient dès demain des rassemblements comme les célébrations de mariages à la marocaine. Le plus dur a été fait et doit être préservé.
La voie la plus prudente pour revenir de manière durable à la vie normale et permettre un redémarrage irréversible de l’économie est la progressivité. C’est une des lois fondamentales de la nature. Patience !