Les jalons de la régionalisation

Rabat, ville des lumières et de culture. La capitale du Royaume a trouvé sa vocation. Casablanca, malgré la concurrence de plus en plus rude, est encore le cœur battant de l’économie du Maroc et peut devenir la capitale africaine pour le shopping et un hub pour le business entre l’Afrique et le reste du monde. Marrakech, avec son aura internationale, est déjà depuis longtemps une destination très prisée par la jet-set européenne et mondiale. Tanger, avec son passé de zone internationale et son méga port de transbordement sur la Méditerranée, est devenue une plaque tournante incontournable du commerce maritime. Agadir, elle, en plus d’être la vitrine du Maroc balnéaire, est devenue avec sa production agricole à la pointe de la technologie, le fournisseur attitré des marchés européens. Le tandem Fès-Meknès, en plus d’être des mémoires vivantes de notre histoire, est bien indiqué pour être un des principaux moteurs de l’économie au centre du pays. Oujda d’aujourd’hui ne ressemble en rien à la ville moribonde des années 80 et 90 du siècle dernier. Bien qu’excentrée et fortement dépendante dans le passé du commerce frontalier, Oujda s’est aujourd’hui prise en main. Des entreprises et des emplois s’y créent, le secteur privé s’organise, on y compte quelques délocalisations bien que naissantes. La station de Saïdia, si elle est correctement gérée et reconfigurée, peut rivaliser avec les plus beaux sites de la rive nord de la Méditerranée.
Chaque ville, chaque région du Maroc a une vocation ou peut s’en inventer une en exploitant ses atouts, ses compétences distinctives et ses avantages comparatifs. La formidable dynamique qu’ont connue certaines villes ces dix dernières années est la preuve que le développement peut ne pas être exclusivement confiné dans un axe de 200 kilomètres comme cela a malheureusement été le cas pendant des décennies.
Ce sont là les jalons de la régionalisation vers laquelle le Maroc veut aller. Les exemples montrent que les villes, qu’elles soient grandes ou petites, ont forcément des atouts et des forces qu’elles peuvent exploiter. Si jusque-là c’est SM le Roi qui a montré la voie en tâchant de disséminer la dynamique dans toutes les villes, et à juste titre avec plus d’attention pour celles jadis délaissées, aujourd’hui, à la veille du début de l’édifice de la Région, c’est aux élites locales de se prendre en main et de poursuivre.
La réussite de la régionalisation n’est pas seulement une affaire de textes de lois. Elle est tributaire de ce qui se fera réellement sur le terrain et de la réussite des territoires à s’autonomiser. Et la réussite de ces derniers dépendra, elle, du génie des acteurs locaux, de leur capacité à concevoir des stratégies, à définir des vocations, à identifier des opportunités, à tracer des feuilles de route, à mobiliser des ressources locales, à conduire correctement des programmes.
Et pour réussir tout cela, il faut commencer par révolutionner les concepts de la gestion locale car la plupart de nos élus et politiciens ne sont pas forcément les mieux indiqués.