Les bovins

Est-il logique de s’entendre dire qu’il ne faut pas déposer son dossier le vendredi ?
Est-il nécessaire de faire la queue pendant deux heures pour que l’on vous signifie qu’il fallait se faire photographier sur
fond gris et non blanc ?

Les citoyens sont-ils satisfaits des services administratifs prodigués par les collectivités locales, communes urbaines et autres services de police ? A l’heure où les ministères sont en train de faire leur mue en se dotant de systèmes d’informations à la pointe, de procédures dignes d’entreprises privées et de femmes et d’hommes motivés, ce bel effort de mise à niveau ne trouve nullement sa concrétisation sur le terrain.
L’horaire continu pour  permettre aux salariés du privé de profiter de leur pause-déjeuner ? Nous invitons les hauts responsables à se rendre incognito dans une administration pour s’entendre dire qu’il est l’heure du déjeuner et qu’il faut revenir à 14 heures. Quant au vendredi, n’en parlons pas : tel que c’est parti, il faudra finir par en considérer l’après-midi comme férié. Est-il logique de s’entendre répondre à la préfecture de police d’une grande ville qu’il faut patienter jusqu’à 15h 30 ensuite, au prix d’une longue attente, de se voir rétorquer par un employé, manifestement de mauvaise humeur, qu’il ne faut pas déposer son dossier un vendredi et d’être obligé de perdre une autre demi-journée de travail le lundi suivant ? Faut-il nécessairement arriver au bout d’une longue file de deux heures pour savoir que la photo de la CIN n’est pas bonne car il fallait la faire sur fond gris et non pas sur fond blanc ? N’est-il pas malheureux  de voir que l’on ne peut pas récupérer un certificat de résidence dans la journée parce que le moqaddem n’est pas là «toute la journée» et puis, comme par enchantement, se voir servi après une demi-heure après avoir soudoyé un mokhazni ! Enfin, à quel respect les citoyens ont-ils droit quand ils se voient traiter littéralement de bovins parce qu’un agent de la DGSN a constaté que deux d’entre eux étaient en travers de la file ? Pense-t-on un instant que ces citoyens délaissent leur travail, parfois à leurs risques, pour courir après un misérable bout de papier qu’à l’étranger on obtient par email ?
Il y a trois ans, on nous a seriné avec force les vertus de la e-administration que l’on ne voit toujours pas venir. Il y a trois ans, on nous a promis monts et merveilles sur le site service-public.ma qui est utile… pour les MRE seulement. Il y a trois ans, on promettait de rapprocher l’administration du citoyen. Aujourd’hui, elle nous est tellement proche que l’on y revient, malgré nous, très vite. Et notre cœur bat, notre raison s’affole à l’idée de vivre ce grand… désamour.