L’enfer, c’est les autres…

A moins d’un mois des élections, fébrilité et nervosité se font de plus en plus ressentir chez notre classe politique. La rencontre, entre autres exemples, qui était programmée avec les médias et durant laquelle la majorité devait présenter son bilan, a été reportée sine die sans qu’aucune nouvelle date ne soit annoncée ni aucune raison officielle avancée pour expliquer le report.

Ce qui a laissé libre cours aux interprétations et autres spéculations sur une éventuelle mésentente des partis de la majorité sur le sens à donner à ce bilan, voire la paternité de telle ou telle réalisation.

Autre illustration de cette fébrilité flagrante : le discours. Certains partis s’inscrivent en effet de plus en plus dans le registre de l’affectif et de la “victimisation” pour s’attirer la sympathie de l’opinion publique et bien entendu des électeurs potentiels. Pour un parti qui était présent dans la majorité, par exemple, cette technique sert aussi accessoirement à justifier les échecs et les promesses non tenues.

Les tenants de cette démarche ne se rendent pas compte qu’en tentant de se présenter comme des “victimes”, ils se tirent d’abord une balle dans le pied en faisant preuve d’une incohérence flagrante.

C’est que dans leurs discours de façade, ils se veulent les chantres de la moralisation de la politique et les supporters inconditionnels du principe de la responsabilité contre la reddition des comptes. Mais en même temps, et au moment justement de devoir eux-mêmes rendre des comptes à leurs électeurs et aux citoyens de manière générale, ils tentent d’expliquer que leurs échecs ne doivent pas être mis à leur passif mais sur le dos des «autres» qui ne les auraient pas laissés faire.

Cette incohérence, on la retrouve également au niveau de l’ambivalence flagrante entre ce que devrait être le discours d’un parti de majorité, censé avoir été aux commandes et maîtrisant donc les rouages de l’administration, et le discours qu’il tient dans les faits qui, lui, ressemble plus à celui d’un parti d’opposition. 

D’un autre côté, adopter une démarche pareille revient à se décrédibiliser davantage. D’abord, parce que tenter d’utiliser des armes “non conventionnelles” en dehors du plaidoyer pour gagner des élections est synonyme d’un manque d’arguments rationnels pour convaincre.

Enfin, et c’est le plus dramatique, en déplaçant le débat sur le registre de l’affectif et de la déresponsabilisation, certains partis et hommes politiques démontrent, au mieux, qu’ils n’ont pas compris que l’électeur marocain a mûri entre-temps et, au pire, leur addiction au double langage infantilisant…