L’eau

La problématique de l’eau n’est pas seulement une question relative à une ressource précieuse. Il s’agit d’une question vitale et de survie au sens littéral du mot.

Et il n’est pas du tout fortuit que le Souverain s’y consacre personnellement avec, notamment, deux séances de travail approfondies dédiées au sujet depuis 2018. Le stress hydrique s’est invité depuis plusieurs années au Maroc qui fait officiellement partie des pays où le niveau de disponibilité de la ressource rapporté à la taille de la population est passé en deçà du seuil d’alerte, soit 1 700 m3 par habitant. Cela dit, et heureusement d’ailleurs, le Maroc se préparait depuis assez longtemps à cette situation. La rareté de la ressource était déjà anticipée dans les années 60 et 70 du siècle dernier. D’où la politique des grands barrages qui va se révéler salvatrice plus tard. A cette époque-là, le Maroc attaquait la problématique de l’eau sous l’angle de la mobilisation de la ressource. Le défi était surtout d’équiper le pays en infrastructures pour mobiliser l’eau en quantités suffisantes et pouvoir l’acheminer vers les consommateurs finaux, qu’ils soient des ménages, des entreprises ou des exploitations agricoles. Au lendemain de l’indépendance, la physionomie du Maroc se transformait avec la montée en puissance de l’urbanisation, le développement d’un tissu industriel et la modernisation de l’agriculture. Il était donc urgent d’étendre et moderniser les infrastructures existantes, car elles n’étaient pas dimensionnées pour répondre aux nouveaux volumes des besoins. Durant les décennies qui ont suivi, la politique marocaine en matière d’eau est restée donc presque exclusivement axée sur la question de la mobilisation des ressources et la généralisation de l’accès à cette denrée précieuse à l’ensemble du territoire et des catégories.
Il a fallu attendre le milieu des années 90 pour que la problématique de l’eau apparaisse désormais sous un angle nouveau, à savoir la préservation et l’économie de la ressource. Face à cette grande inflexion qui se profilait, le Maroc n’a pas fait preuve du même sens d’anticipation. Sinon, au même titre que les barrages, on aurait dû depuis longtemps et pas jusqu’au début des années 2000, disposer des centaines de stations d’épuration et de recyclage des eaux usées dans les grandes villes et on aurait dû investir lourdement dans les nouvelles technologies d’irrigation et des dispositifs de gestion rationnelle des ressources.
Certes, le Maroc doit inévitablement poursuivre et intensifier sa politique d’équipement. Il est rassurant de savoir que dans les cinq années à venir, pas moins de 13 grands barrages vont être achevés et opérationnels pour un investissement total de 15 milliards de DH avec un volume d’eau supplémentaire de 2,8 millions de mètres cubes.
Mais est-il rationnel de continuer à gaspiller une ressource vitale, de plus en plus rare et qui a nécessité des milliards de dirhams ? n
Saâd Benmansour