Le costume des illusions perdues

Comment jouer un rôle d’encadrement de la population quand on n’existe que par le fait d’avoir un seul siège au Parlement et aucun projet de société ?

Ils sont 23. Certains existent depuis plus d’une décennie, d’autres se sont créés à la veille des élections législatives, d’autres encore sont le résultat d’une scission, d’un ego qui n’a pas supporté de ne plus être aux commandes ou de ne pas y accéder. Ils occupent 38 sièges dans la Chambre des représentants, 38 sièges sur 325… Les autres sièges sont occupés par les grands partis.

A quoi servent les petits partis ? Loin de nous l’idée de minimiser leur importance, ils ont droit au même respect que les autres, mais les chiffres sont têtus. De qui, de combien de Marocains chacun d’entre eux est-il représentatif ? C’est là la question, car elle renvoie à l’existence même de ces partis, leur raison d’être. Interrogés, la plupart d’entre eux ont la sempiternelle réponse : «Nous jouons un rôle d’encadrement de la population». Je doute fort, qu’aujourd’hui, même de grands partis arrivent à jouer ce fameux rôle d’encadrement. De fait, ces petits partis, à de rares exceptions, n’ont pas de référentiel idéologique ni de projet de société. Quelles valeurs transmettent-ils à cette population qu’ils sont censés représenter ? Dans la majorité des cas, le vrai événement qui émaille la vie de ces formations qui végètent est l’accès d’un des leurs à un siège de député, à un poste d’élu communal. En somme, il s’agit d’un tremplin pour un siège, ou d’un service rendu à un grand parti pour l’accession d’un des siens à un poste, et non d’une mission de représentativité…

Est-ce sain ? A tout le moins ce n’est pas nocif et il est du droit de chaque citoyen, dans les formes et conditions prévues par la loi, de créer un parti politique. Mais le revers est cette confusion dans laquelle baigne le champ politique national. Mohamed Darif le résume très bien en parlant de multipartisme, en attendant l’émergence d’un véritable pluralisme politique.

Solution ? Il n’y en a pas 36 : le regroupement, non pas au sein d’alliances, mais par la fusion dans des grands ensembles homogènes, des blocs capables d’avoir des bases électorales larges avec lesquelles ils auront passé un contrat social et dont ils pourront défendre les positions dans l’enceinte du Parlement.
Moins de deux mois nous séparent des élections et encore une fois l’émiettement de la vie politique créera ces petits satellites, parfois nés d’une bonne intention, mais dont la voix n’a jamais porté assez loin pour leur assurer d’être entendus. De guerre lasse, beaucoup d’entre eux sont devenus des bricoleurs de la politique, marchands ambulants de voix, intermédiaires dans un costume avachi par l’usure des illusions perdues…