Le calme est revenu à  Taza

Jusqu’à  quand ce déni de la réalité de la part de nos télés ? Quel danger pour les institutions ou la stabilité du pays cela représente-t-il de parler en temps et en heure de ce qui s’est passé à  Taza, à  Beni-Mellal ou Salé ?

« Le calme est revenu à Taza, le gouvernement a pris acte des doléances des manifestants et promet d’y répondre ». Cette information rapportée, il y a une dizaine de jours, par une des chaînes de télévision du pôle public,  dans son JT de la mi-journée, semblait provenir de nulle part. Et l’on se surprend à raisonner : « Ah oui ! Puisque le calme est revenu c’est donc qu’il y avait du grabuge à Taza ? Bizarre, la télé n’en a pas fait état auparavant ». Mais le téléspectateur n’y connaît rien : l’info, la vraie, officielle, estampillée, sourcée, vérifiée, filmée, démarre à partir du moment où le calme est revenu, pas à partir de celui où, justement, la ville a connu des manifestations. Il n’y a pas à dire, ça c’est de l’info !

Lundi 13 février, le calme est également revenu à Béni-Mellal, mais nos télés étaient sans doute trop occupées. On y voyait un long reportage sur des ruraux, trop contents de recevoir des aides en ce temps hivernal. Les mécontents ? C’est comme le grabuge, ce n’est pas de l’info.

Dans quel siècle nos télés vivent-elles ? Les citoyens que nous sommes, contributeurs à travers nos impôts et nos redevances d’eau et d’électricité sont légitimement en droit de se poser cette question. A l’heure où le Maroc a changé de Constitution, où l’information ne peut être tue, cachée, où la presse écrite et les journaux électroniques traquent tout ce qui se passe, le petit écran officiel, lui, continue de servir des discours lénifiants où toute note discordante est bannie. Des manifestations, des gens blessés, des vandales ? Ce n’est pas de l’information, ce n’est même pas de la rumeur, ça n’existe pas. Pendant ce temps, la presse a enquêté, publié, mis en ligne et même, paradoxe, recueilli des déclarations de responsables gouvernementaux.

Jusqu’à quand ce déni de la réalité ? Quel danger pour les institutions ou la stabilité du pays, cela représente-t-il de parler en temps et en heure de ce qui s’est passé à Taza, à Béni-Mellal, ou Salé ? En agissant de la sorte, l’Etat se prive lui-même d’arguments de défense: quand un journal ou un site rapporte une information tronquée ou tendancieuse, il n’y a aucun organe officiel pour apporter une autre version des faits, une vraie enquête avec ses aspects négatifs aussi bien que positifs, une info crédible. Car le danger n’est pas dans la vérité, mais dans ce silence assourdissant qui voit les citoyens aller jusqu’à s’abreuver d’informations sur leur pays auprès de télés étrangères, pour ensuite digérer toutes ces vérités qu’on ne leur dit pas, devant un soporifère feuilleton turc en darija, où les moustaches du bon Sieur Mountassir sont étrangement aussi rigides que la position ridicule de l’Etat. Les temps ont changé…