L’amour du pays

Nos enfants sont-ils des monstres qui n’ont pas de valeurs et ne vivent qu’à  travers la haine d’autrui et de leur pays ? Malheureusement oui et c’est toute la nation qui en est responsable.

Mardi 26 avril, lors du match inaugural du tout nouveau stade de Tanger on a vu des images qui font honte au pays. Public qui envahit le terrain, sièges arrachés, infrastructures détruites. Ce n’est pas la première fois, malheureusement. Avec quelles impressions, sur nous, l’équipe de l’Athletico de Madrid qui affrontait le Raja est-elle retournée dans ses quartiers ? Un pays de barbares ? Une nation de mal élevés ?

Cela fait mal au cœur de se voir vu ainsi. Et pourtant c’est notre triste réalité : celle de vouloir détruire tout ce qui est neuf, tout ce qui est beau, tout ce qui permet au Maroc d’avancer dans l’ère de la modernité. Qu’est-ce qui a poussé ces adolescents et ces jeunes à ces actes de vandalisme et d’incivisme ? Rien, ou plutôt si, le défoulement inconscient résultant d’une construction psychologique complexe : honni est ce qui vient de l’Etat, fût-il bon ; honni est celui qui a les moyens de se payer une voiture, que l’on saccage sadiquement pour le plaisir de détruire ; honnie est la femme libérée qui travaille, qui est bien dans sa peau, et que l’on traite de prostituée à tout bout de champ ; honnis sont tous ceux que nous ne sommes pas, que nous jalousons…

Il y a manifestement un paradoxe. Au cours des années 70 et 80, le Maroc était un pays à majorité analphabète mais dont la jeunesse se caractérisait par plus de civisme qu’elle ne l’est aujourd’hui alors que nous sommes censés être plus éduqués. Mais, éduqués à quoi ? Le constat qui saute aux yeux aujourd’hui est que l’échec de l’école à faire de nos futures générations des Marocains qui ont des valeurs s’accompagne de plus en plus d’une démission des parents qui voient leurs enfants s’abreuver aux travers de l’école de la rue. Pire, leur inculquent la haine d’autrui, la haine du pays, la frustration de leurs échecs personnels.  

Identité nationale, sentiment d’appartenance, fierté de progrès, tout cela est en train de s’effriter et c’est là le véritable défi des années à venir. Le Maroc progresse, construit, s’équipe, avance, mais nous sommes en train de bâtir notre développement sur des piliers friables que sont nos femmes et hommes de demain. Que peut-on attendre de quelqu’un qui n’a pas l’amour de son pays ? Au-delà de l’aggravation des sanctions liées à ce genre de comportement et de la nécessaire responsabilisation pénale des tuteurs pour les impliquer à nouveau dans leur devoir, c’est tout un système de transmission de valeurs qu’il faut revoir.