La paix contre quelques morts ?

Sous prétexte de considérations sociales,
le système des transports de voyageurs fonctionne
dans l’anarchie et les accidents mortels
ne se comptent plus.

Au cours des quatre dernières semaines, le Maroc a été secoué par une recrudescence des accidents d’autocars : cinq, tous mortels, tous dus à  deux raisons : excès de vitesse et erreur humaine. Comme à  l’accoutumée, ministres et hauts fonctionnaires se déplacent à  chaque fois ; comme à  l’accoutumée, les télévisions couvrent abondamment le sujet ; comme à  l’accoutumée, l’indignation est réelle ; comme à  l’accoutumée, on oubliera dans quinze jours que des enfants sont orphelins, que des familles sont privées de revenus, que des vies sont brisées.

Jusqu’à  quand cela va-t-il durer ? Le secteur du transport de voyageurs fonctionne dans l’anarchie la plus complète : des agréments distribués pour des considérations sociales (à  d’anciens résistants, à  des familles de personnes qui se sont dévouées pour la nation) ou à  d’heureux privilégiés ; des locations illégales à  des exploitants non professionnels ; des lignes saturées (exemple, un départ Casa-Fès toutes les cinq minutes), des chauffeurs sans formation aucune, payés à  la commission et qui cherchent à  maximiser leurs profits ; des véhicules mal entretenus et, il faut bien le dire, des agents d’autorité qui ouvrent leur poche et ferment les yeux; enfin, une loi qui ne réglemente rien en la matière. A quand le prochain accident ?
Tout cela est su, connu, répété depuis des années, mais tous les gouvernements qui se sont penchés sur la question ont vu leur courage faiblir face à  des considérations d’ordre social. Cyniquement, on résumera l’attitude de l’Etat en disant que la paix sociale vaut bien quelques morts et éclopés. C’est triste.

Dans quelques mois, promet-on, le nouveau code de la route (au Parlement) et le décret d’application du code du travail (temps de travail, conditions) devraient résoudre le problème en posant les jalons juridiques d’un bon fonctionnement du système.

Rien de moins sûr. Pour changer les choses, il faut non seulement mettre en place les conditions d’émergence d’une réelle industrie du transport, en trouvant des solutions pour les personnes qui vivent du système actuel, mais, de plus, agir là  o๠ça fait mal : la poche, et surtout contrôler, contrôler.
«Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles» (Sénèque).