La malédiction Pétrole

Au chapitre «Gouverner c’est prévoir» dans “le livre“ de la gestion de la macroéconomie, la situation des pays pétroliers après la dernière chute des cours du brut est pour le moins édifiante.

Au Venezuela, qui tire 96% des recettes de ses exportations des hydrocarbures, le gouvernement se retrouve complètement démuni devant une situation qu’il n’a pas pu ou voulu prévoir. Un taux d’inflation à deux chiffres, un manque criant de liquidités en devises étrangères et surtout une rue au bord de l’implosion! Dans cette situation explosive, le seul salut du président Maduro est venu de la Chine ! Cette dernière, toujours prête à assurer sa sécurité énergétique, fournira des prêts à taux réduits, par rapport au marché financier mondial, au Venezuela contre du pétrole à long terme. Elle a même poussé sa bonté «intéressée» jusqu’à mettre à la disposition de Caracas plus de 5 milliards de dollars afin de booster l’investissement dans les nouvelles infrastructures pétrolières pour davantage d’exploitation. Plus près de nous, en Algérie, où 95% du budget provient directement des ventes des hydrocarbures, la situation n’est guère meilleure. Notre voisin se retrouve avec une monnaie dévaluée. Le dinar a perdu plus de 30% de sa valeur sur le marché dit formel. Sur le marché parallèle, le dinar est encore plus mal en point puisqu’il faut dorénavant débourser plus de 180 dinars pour un euro. Il est bien loin le temps où les gouvernants algériens expliquaient au monde entier et à leurs concitoyens que le remboursement de toutes les dettes extérieures algériennes était une fierté nationale. Aujourd’hui, le «nif» algérien de ces mêmes gouvernants est bien malmené puisque la Chine, encore elle, viendra à la rescousse en accordant au pays un prêt de quelques milliards pour faire face à la facture de la paix sociale qui a atteint son paroxysme lors de la campagne du changement de la Constitution pour permettre au président Bouteflika de rempiler pour un quatrième mandat. D’autre part, l’obtention des licences d’importation et les projets d’infrastructures dits «non prioritaires» vont être gelés. Pour un pays qui se dit «force régionale», l’effet est pour le moins catastrophique.

Ces deux exemples montrent à quel point tout miser sur les ressources naturelles est une aberration dangereuse. Diversifier les ressources budgétaires et créer de la valeur ajoutée grâce à l’amélioration des outils de production dans tous les domaines, agriculture, industrie et services, est la seule manière de fortifier une économie. Consommer la rente pétrolière en importations tous azimuts ne crée pas de la valeur. Le travail par l’innovation permanente et l’adaptation à ce monde de plus en plus interdépendant, turbulent et en perpétuel bouleversement, est la seule et vraie source de richesse d’une Nation. Au Maroc, nous avons toujours regretté de ne pas avoir du pétrole…, c’est à se demander si ce n’est pas un mal pour un bien !