Je pense… donc je classe

Le classement annuel de Transparency International sur la perception de la corruption vient de tomber. Pour cette année 2013, on y découvre que le Maroc est au 91e rang sur 177 pays, sachant qu’il en était au 87e l’année dernière.

Le classement annuel de Transparency International sur la perception de la corruption vient de tomber. Pour cette année 2013, on y découvre que le Maroc est au 91e rang sur 177 pays, sachant qu’il en était au 87e l’année dernière. Le gouvernement, qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, nous doit un minimum d’explications. Chez le Marocain lambda, plusieurs questions brûlent certainement les lèvres : comment peut-on se retrouver à ce niveau avec tous les efforts visiblement fournis, notre pays s’étant même doté d’une instance dédiée à la prévention de la corruption ? Tout ce qui a été fait et annoncé n’était-il finalement pas que de la matière pour la consommation médiatique, de la poudre aux yeux ? Ou alors, les pouvoirs publics, les acteurs de la société civile et toutes ces armées d’experts internationaux et nationaux qui réfléchissent, conçoivent et mettent en place des dispositifs se sont trompés sur toute la ligne depuis toutes ces années ? C’est que le commun des mortels est conditionné par le traitement médiatique assuré aussi bien chez nous qu’à l’international de ce classement annuel de Transparency. Quand on parcourt rapidement les titres, on peut y lire en substance que le fléau de la corruption s’est amplifié au Maroc et, chez certains même, que l’administration marocaine est parmi les plus corrompues au monde. Même dans le communiqué très officiel de Transparency, on peut lire cette affirmation : «L’IPC de cette année confirme la place du Maroc dans la catégorie des pays où sévit une corruption endémique».

Or, et c’est là peut-être qu’un effort pédagogique collectif doit être fait, la recherche du sensationnel nous fait oublier les rappels de base. D’abord que l’indice de Transparency ne mesure pas le niveau de la corruption mais la perception dont se font certains organismes du fléau. Il s’agit là d’une nuance de taille qui change tout le raisonnement. Pour simplifier, Transparency demande chaque année à une poignée d’experts, pas plus d’une vingtaine, s’ils pensent que la corruption s’est amplifiée ou non dans tel ou tel pays. Parmi les sondés on trouve de tout. Cette année, pour le cas du Maroc, huit institutions, en tout et pour tout, ont été invitées à exprimer leurs sentiments sur la question. On peut comprendre que l’avis d’institutions respectables telles que la Banque mondiale ou la BAD soit pris au sérieux. Mais à quel titre doit-on prendre pour argent comptant les avis, ou plutôt les perceptions, des journalistes d’un magazine anglais ou des militants d’une fondation allemande sur le Maroc pour des questions aussi sérieuses ? Cela nous renvoie exactement aux propos tenus, à très juste titre, il n’y a pas si longtemps par le Souverain sur le fait que l’image du Maroc est très souvent malmenée par des fonctionnaires internationaux qui, au mieux, parlent de sujets qu’ils ne connaissent pas et, au pire, agissent sur commande. Mais cela ne nous dispense pas non plus, nous autres Marocains, de la nécessité de réapprendre les notions de base en matière de relations publiques car quand on parle de perceptions et d’image, on est dans un univers éminemment marketing…