Innover et s’ouvrir ou périr…

Face à la raréfaction des ressources, notamment financières, les décideurs, qu’ils soient dans le public ou dans le privé, n’ont d’autre choix aujourd’hui que de faire preuve de créativité pour trouver de nouvelles sources de financement.

Dans le privé et surtout pour la start-up, le crowdfunding, forme nouvelle de financement de masse adossé aux IT, a déjà commencé à s’installer dans le paysage mondial, y compris au Maroc.

Et à l’instar des opérateurs privés, les entreprises publiques marocaines sont elles aussi confrontées à la problématique de financement, parce que leur principal et classique bailleur de fonds qu’est le Budget de l’Etat n’est plus ce qu’il était. Les finances publiques étant sous forte pression depuis une dizaine d’années, les dépenses sont naturellement dirigées vers les urgences et les priorités qui sont souvent d’abord d’ordre social.

Les entreprises publiques, et même l’Etat lui-même, sont aujourd’hui condamnés à innover et à explorer des voies nouvelles.

Ces derniers jours, deux opérations viennent confirmer cette tendance : un régime de retraite, en l’occurrence la Caisse marocaine des retraites (CMR), qui rachète des Centres hospitaliers universitaires (CHU), ou encore un grand office, en l’occurrence l’ONEE, qui place ses centrales électriques et autres actifs sur le marché pour lever des fonds (titrisation).

Mais au-delà de l’objectif initial, l’enjeu et la portée d’une telle démarche ne sont pas seulement dans la mobilisation de nouvelles ressources financières. En fait, en sollicitant de nouveaux systèmes fonctionnant selon des règles différentes, les opérateurs sont obligés de se soumettre à des normes et des pratiques qu’ils ne connaissent ou ne maîtrisent pas encore. Et au passage, ils sont appelés à adopter de nouveaux référentiels en matière de management et de pilotage, aussi bien stratégique qu’opérationnel.

A la différence de l’Etat bailleur de fonds et tuteur en même temps, les marchés sont anonymes et fonctionnent d’abord et presque exclusivement à la performance qui assure le gain financier.

Or, tant qu’elles étaient encore couvées par la tutelle et au regard de leur mission souvent subventionnée, les entreprises publiques ne fonctionnaient pas forcément selon un modèle tourné vers la performance financière.

Ensuite, solliciter des bailleurs et des formes de financements de type moderne suppose des approches différentes en termes d’information des tiers, d’ouverture, de transparence avec des outils adaptés, notamment les technologies.

In fine, pour des entreprises étatiques, dont l’ADN relève plus de l’Administration publique que de l’esprit du privé, cette recherche obligée de nouvelles sources de financement est une démarche structurante qui les condamne à opérer des mutations qu’elles n’auraient jamais osées dans leur zone de confort.