Evolution

Un des dossiers majeurs auquel l’Etat veut sérieusement s’attaquer concerne les établissements publics et entreprises étatiques avec pour principal objectif de remettre de l’ordre, de rationaliser et d’optimiser.

Ce n’est pas la première fois que l’Etat annonce de telles intentions mais tout porte à croire que cette fois-ci sera peut-être la bonne, grâce à une fenêtre inattendue et idéale qui s’est ouverte, en l’occurrence la crise économique due à la pandémie.

Il n’y a qu’à voir le premier dossier chaud qui s’est posé sur la table, celui de la RAM et la manière avec laquelle l’Etat l’a approché. Le cas RAM a été traité, en effet, avec une fermeté et une célérité inhabituelles.

Pour la première fois dans l’histoire des entreprises publiques, il y a eu un feu vert officiel et légal à la compagnie pour procéder à un licenciement pour des raisons économiques qui lui a été dûment délivré par l’autorité locale, c’est-à-dire le gouverneur.

Cette autorisation vient en fait dans le prolongement de la directive du gouvernement, qui représente l’Etat en tant que tutelle et en tant qu’actionnaire unique de la compagnie. Il y a quelques mois déjà, au tout début de la pandémie, le gouvernement avait en effet clairement notifié au management de la RAM qu’elle ne pourrait bénéficier d’un plan de soutien d’urgence qu’à la seule condition qu’elle réduise sa voilure, notamment sa flotte et ses effectifs.

Pure coïncidence ou non, en même temps une autre décision historique fut prise en confiant la formation des pilotes de lignes à l’Armée de l’air, alors qu’elle relevait durant des années d’une école propre à la RAM, mais où le corps des pilotes avait en fait plus qu’un simple droit de regard.

Aujourd’hui que le plan social exigé est dûment validé et en marche, les salariés de la compagnie auront droit, selon cette dernière, à des chèques assez conséquents d’un montant moyen de 4 millions de DH et certains empocheront jusqu’à 7 millions de DH.

C’est là également la preuve que l’Etat est prêt à aller jusqu’au bout et à payer le prix qu’il faut pour remettre de l’ordre et alléger les entreprises publiques, soit du poids financier des charges, soit aussi de l’emprise de certaines contraintes sociales et corporatistes. Ces dernières années, le conflit entre la compagnie et ses pilotes, par exemple, revenait au devant de la scène de manière cyclique et fréquente. Le plus souvent l’Etat finissait par obtempérer, impuissant. Ce ne sera plus le cas visiblement.

L’assainissement du portefeuille des entreprises publiques ne sera pas un chantier facile car la dimension sociale y est omniprésente et les risques d’instrumentalisation, et même de surenchères, sont réels, voire certains. Au demeurant, les pouvoirs publics viennent de créer un précédent assurément annonciateur d’une évolution majeure