Ethique et principes

La transhumance des parlementaires pose un problème de respect de la loi en même temps que d’atteinte aux choix faits par les citoyens.

L’ampleur prise par la transhumance politique commence à déstabiliser sérieusement le paysage politique national. Les citoyens découvrent, parfois avec stupeur, qu’un député a changé de couleur partisane plusieurs fois au cours des dernières années et cela n’est pas fait pour restaurer l’image de la politique, déjà bien piètre. Ce fléau -car c’en est bien un aujourd’hui- pose un double problème. Celui du fond et de la forme.
Sur la forme, il est navrant de constater qu’une loi, qui a passé le cap, du Secrétariat général du gouvernement (SGG), de l’exécutif, et qui a été votée par des parlementaires, qui ont eux-mêmes pris le soin d’interdire la transhumance des leurs pendant la durée de leur législature, soit violée aussi allègrement par les institutions.  La loi n’est pas applicable ? Elle présente des failles ? Il faut l’amender, mais une loi se respecte, surtout, et en premier lieu, de la part de ses concepteurs…pour donner l’exemple.  L’on dit que l’article 5 serait inconstitutionnel, sous prétexte qu’il porte atteinte à la liberté de choix politique du parlementaire. Et c’est maintenant qu’on le découvre ? Le SGG n’avait-il pas justement pour rôle d’éviter cette contradiction à la base ? L’on dit que le député représente avant tout la nation, avant d’être le représentant du parti. Ce serait faire fi du mode électoral, mis en place en concertation entre ces mêmes partis politiques et le gouvernement. Un  mode que l’on a voulu basé sur un scrutin de liste pour justement mettre en avant les partis plutôt que les personnes. En somme, on viole la loi, on décrédibilise le politique, on encourage la notabilité plutôt que les partis et personne n’y trouve à redire.
Sur le fond, se pose la question de la répartition des forces au sein de l’institution parlementaire. Elle a été décidée par la nation à travers un vote des citoyens. Et pour répondre à ceux qui brandissent l’argument de la Constitution on rappellera que dans son article 2, celle-ci dispose que «la souveraineté appartient à la nation qui l’exerce (…) indirectement par l’intermédiaire des institutions constitutionnelles», dont le Parlement fait partie. Partant, ne serait-il pas plus correct de prendre l’avis des citoyens avant de chambouler cet équilibre de forces ? Aujourd’hui, ce sont les partis d’opposition et les moins puissants qui sont les victimes de cette hémorragie et ça arrange beaucoup de monde. Si les victimes s’appelaient Istiqlal, USFP, RNI ou PAM y aurait-il également ce silence assourdissant ?