Erreur d’appréciation

«Demander» à  Abbas El Fassi de rempiler pour un troisième mandat à  la tête de l’Istiqlal est le plus mauvais service que l’on puisse rendre à  ce parti.

Abbas El Fassi rempilera-t-il pour un troisième mandat à la tête de l’Istiqlal ? Il semble bien que oui. Même si le secrétaire général sortant ne brigue pas lui-même le poste et a déclaré, il y a un an déjà, s’en remettre au règlement du parti, il n’a pas non plus clairement rejeté l’option ni fait de déclaration officielle à ce sujet.

De fait, c’est l’appareil lui-même qui se chargera de lui «demander» de rester. Les arguments? Ils sont au nombre de trois : primo, il serait indécent que le parti ne renouvelle pas sa confiance à son secrétaire général, alors même que le Souverain lui a accordé la sienne en le nommant Premier ministre. Deuzio, la perte du statut de leader au sein de son parti affaiblirait Abbas El Fassi en tant que chef du gouvernement. Enfin, tertio, il serait gênant que l’Istiqlal ait un secrétaire général autre que son plus haut représentant au gouvernement.

Nous n’avons rien contre M. Abbas El Fassi, qui est un homme extrêmement courtois et qui a eu d’emblée le courage de ne pas cacher ses limites et son manque d’expérience en matière de gestion de la chose publique, en déclarant, il y a un an, vouloir «appliquer le programme de Sa Majesté», mais il faut bien dire qu’un troisième mandat serait de trop. Déjà, le cumul entre les postes de secrétaire général du parti et de Premier ministre est préjudiciable.

Dans un jeu démocratique, l’articulation des pouvoirs entre Monarchie, Exécutif, législatif et judiciaire doit éviter les interférences. Comment l’Istiqlal peut-il défendre ses idées, qui ne sont pas forcément celles du monarque ni celles du gouvernement, si son leader représente l’Exécutif et veut appliquer le programme de la monarchie ?
Par ailleurs, prétexter que l’on veut rendre la politesse au Roi pour valider un troisième mandat est une idée dangereuse et sans fondement. Si Mohammed VI a nommé Abbas El Fassi Premier ministre, c’est plus par souci de respect de la «méthodologie démocratique» que pour les qualités intrinsèques de l’homme.

Enfin, pour l’Istiqlal, bafouer son propre règlement intérieur et surseoir au rajeunissement de ses élites ne manquera pas d’affaiblir le parti au moment où l’USFP s’apprête à faire sa vraie mue, où le PAM menace de tout emporter sur son passage, où le PJD est plus que jamais décidé à ne pas s’en laisser conter… La vraie politesse à rendre au Roi serait de rendre le parti plus fort, comme le Souverain a si souvent exhorté à le faire s’agissant du monde politique.