Devoir de solidarité

Une grande entreprise n’est pas «grande» seulement par ses effectifs, son chiffre d’affaires et ses autres indicateurs financiers.

La grande entreprise l’est aussi par la portée de ses responsabilités qui ne s’arrêtent pas seulement à ses fonctions d’agent économique. Des groupes et de grandes entreprises nationaux sont souvent qualifiés de champions. Ce n’est pas fortuit. Car leur rayonnement et leurs activités vont bien au-delà de leurs simples sites de production, leurs sièges sociaux, buildings ou autres installations physiques. La grande entreprise est un véritable écosystème à elle seule et supporte par conséquent, qu’elle le veuille ou non, la responsabilité, directe et indirecte, de la pérennité de milliers d’emplois en dehors de ses effectifs. Autour de chaque entreprise, quelle que soit la nature de son secteur d’activité, gravitent le plus souvent des centaines, voire des milliers de prestataires, composés généralement de très petites, petites et moyennes entreprises.
En période faste ou normale, l’Etat et les pouvoirs publics de manière générale apportent aux TPME de l’accompagnement pour leur permettre de grandir et de se développer. En période de crise, comme celle que le monde traverse, les TPME ont besoin de plus de soutien et de mesures d’urgence à caractère exceptionnel.
Presque autant que les acteurs institutionnels et étatiques, les grands opérateurs économiques ont eux aussi une lourde responsabilité sociale, économique et citoyenne. Ils ont également un devoir de solidarité envers leurs écosystèmes et leurs partenaires. Cette semaine, le Groupe OCP a donné un bel exemple dans ce sens qui devrait faire des émules. Le groupe, qui représente un volume annuel de commande publique qui avoisine les 10 milliards de DH pour les dix prochaines années, fait travailler des milliers de TPME sur ses sites de production à travers le territoire national. A cause de la conjoncture sanitaire, le groupe vient d’annoncer son entière solidarité avec son réseau de prestataires en se portant garant en leur faveur auprès des établissements financiers. C’est, là, la posture attendue d’un leader au sens économique et social du terme.
La solidarité entre grandes entreprises et PME a longtemps fait débat au sein de la CGEM. Certaines initiatives ont été lancées dans ce sens. Mais le concept n’a jamais vraiment eu de suite concrète ni d’effets sur les vieilles habitudes. A quelques exceptions près, les grandes structures ne semblent pas avoir intériorisé ce devoir de solidarité avec les TPME. En atteste le naufrage national des délais de paiement. Mais à quelque chose malheur est bon ; la pandémie pourrait marquer une inflexion majeure à ce niveau.